LE SPORT DANS LA STATUAIRE PUBLIQUE PARISIENNE

À l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, la Ville de Paris propose une découverte originale du patrimoine statuaire parisien, à la croisée de l’art et du sport.

Ce parcours évoque la démarche de certains artistes sur les corps en mouvement. Il souligne la diversité des disciplines sportives dans l’histoire et honore la mémoire de personnalités emblématiques. Toutes ont su repousser leurs limites et incarner ou inspirer les valeurs de l’olympisme : le dépassement de soi, le respect de l’autre et l’esprit d’équipe.

Corps d'athlètes

Le Discobole, Georges SAUPIQUE (1889-1961)

3 avenue Maurice-d’Ocagne, 14 e  arrondissement, pierre, 1961.

Cette statue d’athlète nu à la musculature puissante rappelle l’héritage antique des Jeux olympiques. Elle permet également d’évoquer l’influence d’une sculpture gréco-romaine exaltant le corps et qui resta le socle de toute éducation artistique jusqu’à l’époque moderne.

Discobole - Georges Saupique © Jean-Marc Moser / COARC / Ville de Paris
Discobole - Georges Saupique © Jean-Marc Moser / COARC / Ville de Paris

Le lancer de disque, discipline sportive incarnée par cette sculpture de Georges Saupique, est la première épreuve du pentathlon des Jeux olympiques antiques et est abondamment décrite dans les sources anciennes. Elle entre ici en résonance avec l’environnement urbain immédiat dominé par le centre sportif Jules-Noël (14 e ).

Ce complexe sportif se situe là où le club omnisports parisien la JAM (Jeunesse Athlétique de Montrouge) pratique l'athlétisme depuis 1896. Il est dédié à Jules Noël, sportif complet qui s’illustra particulièrement dans le lancer de disque et fut le porte-drapeau de la délégation française aux Jeux olympiques en 1932 et 1936.


Couple de lutteurs corps à corps, Ousmane SOW (1935-2016)

Place de Valois, 1 er  arrondissement, tirage en bronze 1/8 (2009 ; 2018), fonte 2019 - Fonderie de Coubertin.

Le style d’Ousmane Sow est reconnaissable aux tonalités brun-ocre de ses figures, sa connaissance précise de l’anatomie et son sens du mouvement. Sa technique est élaborée à partir d’une mixture propre, longtemps macérée et appliquée sur les ossatures de fer, de paille et de jute pour construire des formes puissantes et expressives.

Couple de lutteurs corps à corps - Ousmane Sow © Jean-Baptiste Gurliat / Ville de Paris

La lutte est un sport de combat déjà représenté dans les reliefs sumériens de plus de 3 000 ans avant notre ère. Dès 708 avant J.C., elle figure aux Jeux olympiques de la Grèce antique et s’apparente de près à la lutte nubienne. Les athlètes sont nus et le gagnant est celui qui projette son adversaire au sol, sur le dos. Seul l’arbitre peut décider d'interrompre le combat, si les attaquants ne parviennent pas à se départager.

Ici, s’affrontent deux lutteurs Noubas, originaires du Soudan, dont les duels fascinaient le sculpteur sénégalais Ousmane Sow. Issu de la série des Noubas appartenant à la collection des Abattoirs de Toulouse, ce groupe est l’un des plus emblématiques de l’artiste par lequel son œuvre fut révélée au grand public et reconnue lors de son exposition sur le Pont des Arts, Le Chant de triomphe, au printemps 1999.

Des pionniers et des sports

Monument à Frantz Reichel, Alexandre MASPOLI (1875-1943) et Tony GARNIER (1869-1948)

Avenue de la porte Molitor, 16 e  arrondissement, pierre, 1934.

Le monument se compose d’un buste placé au sommet d’un imposant socle décoré de bas-reliefs. Le buste, à l’origine en bronze mais remplacé par une copie en pierre depuis 1942, constitue un fidèle, quoique hiératique, portrait de Frantz Reichel.

Monument à Franz Reichel - A. Maspoli et T. Garnier © Jean-Marc Moser / COARC / Ville de Paris

Secrétaire général du Comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris en 1924, l’athlète- journaliste Frantz Reichel (1871-1932) se fit connaître par son action en faveur de la promotion de l’éducation physique et de la création d’équipements sportifs dans la capitale. Ce n’est donc pas un hasard si, à sa mort, le Syndicat de la presse sportive et l’Association des journalistes sportifs demandèrent l’érection d’un monument à sa mémoire porte Molitor ; à l’endroit même où venaient de sortir de terre les stades Roland-Garros (1924), Jean-Bouin (1925) et la piscine Molitor (1929). Les artistes chargés de le concevoir s’imposèrent naturellement : ce furent deux amis du défunt, le sculpteur Alexandre Maspoli, champion du monde d’haltérophilie (1902), qui travailla comme modèle pour Rodin, et le célèbre architecte lyonnais Tony Garnier, auteur du stade Gerland.

Dans un style expressif où les musculatures des athlètes et leurs visages déformés par l’effort sont mis à l’honneur, les bas-reliefs représentent les disciplines dans lesquelles Reichel, champion polyvalent, s’illustra par ses performances : la course de haies, la course à pied, la boxe et surtout le rugby. Capitaine du Racing Club, avec lequel il décrocha la médaille d’or aux Jeux olympiques de 1900, Reichel contribua à la diffusion et à la popularité du ballon ovale en France.


La boxe, le tennis, l’escrime, le poids et les haltères, la gymnastique, le basket-ball, Ernest-Charles DIOSI (1881 -1959) et Pierre-Alexandre MORLON (1878-1951)

Stade Pierre-de-Coubertin, 82 avenue Georges-Lafont, 16 e  arrondissement, pierre, 1938.

Lointain descendant du jeu de paume, le « lawn-tennis » (tennis sur gazon) renaît en Angleterre en 1873-1874, avant de traverser la Manche et de devenir très populaire en France grâce aux exploits de Suzanne Lenglen et des « Quatre Mousquetaires » - Lacoste, Borotra, Cochet et Brugnon – qui remportent la coupe Davis en 1928.

La boxe, le tennis, l’escrime, le poids et les haltères, la gymnastique, le basket-ball - E.C. Diosi et P.A. Morlon © Jean-Marc Moser / COARC / Ville de Paris

Le basket-ball, rarement représenté car importé des États-Unis où il est inventé en 1891, devient une épreuve-phare des JO en 1904 lors de la III e  Olympiade célébrée à Saint-Louis (Missouri).

La boxe, le tennis, l’escrime, le poids et les haltères, la gymnastique, le basket-ball - E.C. Diosi et P.A. Morlon © Jean-Marc Moser / COARC / Ville de Paris

C’est à la faveur de la renaissance des Jeux olympiques, portée par le baron Pierre de Coubertin et des Olympiades de 1900 et 1924, organisées sur son sol, que Paris se dote d’équipements sportifs modernes, aux programmes ambitieux. En 1938, la Ville met en chantier, à la porte de Saint-Cloud, le premier palais multisport de France, comportant un stade de 5 000 places et six terrains couverts à usage modulable. A la proue de ce gigantesque paquebot de béton armé et de briques rouges, situé à l’angle de deux rues, un péristyle décoré de bas-reliefs accueille les visiteurs. Exécutés par les sculpteurs Diosi et Morlon, à la manière de métopes ornant un temple grec, ceux-ci illustrent les sports alors praticables dans cette enceinte de plus de 20 000 m 2 .

À la conquête des records, sur terre et dans les airs… mais aussi sur la Seine

Monument à Émile Levassor, Aimé-Jules DALOU (1838-1902), Camille LEFÈBVRE (1853-1933)

Square Alexandre-et-René-Parodi, 16 e  arrondissement, marbre, 1907.

Dès la création de l’automobile, un des enjeux technologiques majeurs fut la conquête de la vitesse. La rivalité entre constructeurs s’exprima à travers les courses automobiles qui firent leur apparition en 1894 et qui furent progressivement reconnues comme un sport à part entière.

L’ingénieur Émile Levassor (1843-1897), associé au constructeur René Panhard (1841-1908) mit au point la première voiture à essence – la Panhard & Levassor – avec laquelle il gagna en 1895 la première course Paris-Bordeaux-Paris en 48 heures et 48 minutes ! C’est cet événement qui est représenté, de manière narrative, dans ce monument commandé par l’Automobile Club en 1898. Le pilote, dont la voiture fend une foule admirative, est très concentré et penché en avant pour mieux résister à la vitesse et au vent qui lui fouette le visage. L’œuvre de Jules Dalou, inachevée à sa mort, fut terminée par son élève Camille Lefèvre.


Monument à Maryse Bastié (1898-1952), Félix JOFFRE (1903-1989)

Square Carlo-Sarrabezolles, 15 e  arrondissement, pierre, 1970.

Dès l’apparition des montgolfières, les femmes ont l’ambition de voler à l’égal des hommes. L’aéroplane constitue au début du XX e  siècle une étape majeure dans l’invention des techniques de la mobilité, ouvrant la voie à de nouveaux exploits et à de futures carrières féminines.

Maryse Bastié appartient à cette génération de pionnières de l’aéronautique qui enchaîna les records de distance et de durée de vol durant l’entre-deux-guerres. Elle s’engagea dans le mouvement féministe, La Femme Nouvelle, en faveur de l’égalité des droits politiques. Même si l’aviation n’est pas une épreuve olympique, il n’en demeure pas moins que l’héroïne de l’air remporta le titre honorifique de la Gloire du Sport en 1997. Des gymnases, rues et stations de tramway portent son nom, tout comme ce monument parisien qui la commémore sous la forme symbolique d’ailes entourant son portrait.


Monochrome for Paris, Nancy RUBINS (née en 1952)

Esplanade Pierre-Vidal-Naquet, 13 e  arrondissement, structure inox, câble inox, bateaux en aluminium, 2013.

L’artiste américaine Nancy Rubins déploie des œuvres sculpturales constituées d’objets volumineux assemblés en compositions qui semblent défier les lois de la gravité. C’est ici en bord de Seine que se déploie ce gigantesque bouquet en aluminium composé de soixante bateaux, cinquante canoës et dix barques. Hommage à la Seine et référence historique aux premiers habitants arrivés par le fleuve, cette œuvre rappelle également l’importance du transport fluvial à Paris et des sports nautiques.

Le choix de la Seine comme théâtre inédit de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024 confirme l’importance du fleuve pour les Parisiens, dont l’emblème – le bateau –  hérité des premiers marchands de la Seine, valorisait sa puissance commerciale. Tony Estanguet, président du comité d’organisation de ces Jeux olympiques et paralympiques, triple champion olympique de canoë, ne pourra pas manquer de saluer ce défi technique et poétique !

Les valeurs du sport

Réconciliation, Élie-Jean VÉZIEN (1890-1982)

Square Saint-Laurent, 10 e  arrondissement, pierre, 1935.

En 1935, pour l’inauguration du square Saint-Laurent, adossé à l’église éponyme, la Ville de Paris commande au sculpteur Élie Vézien un groupe sculpté. Intitulé Réconciliation, ce dernier représente un garçon et une fillette, tenus par leurs mères, mettant fin à leur dispute en s’étreignant au-dessus d’un ballon de football.

Réconciliation - E.J. Vézien © Jean-Marc Moser / COARC / Ville de Paris

Si cette image peut sembler naïve, il n’en est rien. Au lendemain de la Grande Guerre, le sport et les idéaux qu’il véhicule – la fraternité, l’entraide, le respect - sont plus que jamais au cœur des préoccupations d’une société bouleversée par le conflit et en quête d’humanisme pacifique. L’essor de l’olympisme traduit cet espoir de concorde entre les peuples, incarné par la jeune génération. Vézien en livre ici une version touchante, surtout au regard de sa propre histoire : blessé à Verdun en 1916, il fut démobilisé puis participa, après l’Armistice, à la décoration de l’ossuaire de Douaumont, érigé en mémoire des soldats morts sur le champ de bataille.

Le sport dans la statuaire publique parisienne

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’Olympiade culturelle portée par la Ville de Paris, dont l’ambition est de faire dialoguer les mondes du sport et de la culture avant, pendant et après les Jeux olympiques et paralympiques.

Contenus éditoriaux

Sous-direction du patrimoine et de l'histoire / Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris

Mise en ligne

Service développement et valorisation / Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris