À l’occasion des 170 ans de la nomination de Georges Eugène Haussmann comme préfet de la Seine.
FAIRE DE PARIS UNE MÉTROPOLE MODERNE
ADMIRATEUR DE LA VILLE DE LONDRES QU’IL A PU OBSERVER PENDANT SON EXIL (1846-1848), LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE FAIT LE PROJET DE FAIRE DE PARIS UNE MÉTROPOLE MODERNE.
En 1853, alors empereur, il nomme Georges Eugène Haussmann préfet de la Seine avec la mission d’amplifier les travaux urbains engagés par les préfets de la première moitié du XIXe siècle et de mettre en œuvre le plan de transformation de la capitale lancé après son accession au pouvoir. De 1853 à 1870, Haussmann mène des travaux gigantesques pour aérer, assainir et embellir Paris. La ville, agrandie en 1860 par l’annexion des communes comprises entre l’ancien mur des Fermiers généraux et les fortifications, est pendant dix-sept ans un vaste chantier : percement de nouvelles voies, construction d’édifices prestigieux, création d’équipements nouveaux pour acheminer l’eau, amélioration de l’éclairage, facilitation de la circulation, création de nouveaux services à destination d’une population en constante croissance… La métamorphose est telle que la capitale gardera son nom pour ces transformations : l’haussmannisation.
PARIS AVANT HAUSSMANN
LA MODERNISATION DE PARIS A COMMENCÉ SOUS L’AUTORITÉ DES PRÉFETS DÈS LA RESTAURATION, CHABROL (1812-1830) PUIS RAMBUTEAU (1830-1848), AVANT L’ARRIVÉE D’HAUSSMANN À LA PRÉFECTURE DE LA SEINE EN 1853.
Au cours de cette période, environ cent soixante-quinze rues sont ouvertes. Si quelques-unes sont destinées à des opérations d’embellissement, la plupart desservent les grands lotissements d’initiative privée ouverts avec l’accord des architectes-voyers de la Ville, comme le quartier François-Ier (1823) ou celui de l’Europe (1826) ; ou bien de plus petits proches de l’ancien mur des Fermiers généraux.
Sous la monarchie de Juillet (1830-1848), l’objectif du préfet est de « donner aux Parisiens de l’eau, de l’air, de l’ombre » avec la création des premiers squares urbains, la réfection des quais, l’érection de nouveaux ponts, l’installation de bornes - fontaines, etc. Les gares sont établies aux limites du Paris ancien afin d’éviter la densification du centre-ville mais la grande affaire reste la construction des fortifications (1841-1845), au large du Paris ancien, dans le département de la Seine.
Les fortifications associent au mur continu et bastionné sur environ 35 km, qui contourne les territoires des communes limitrophes, des forts détachés situés plus loin. On voit ici une partie du système défensif : le mur, le fossé, la contrescarpe et la zone non constructible de 250 m qui, couverte de constructions temporaires, deviendra la « zone ».
L’État cède à la Ville de Paris l’ancien emplacement de l’archevêché de Paris, détruit en 1831 et libéré de ses ruines, afin d’y aménager une sacristie et un jardin ouvert au public. Les premières plantations sont faites en 1837 ; les grilles sont posées en 1840. La fontaine, œuvre de l’architecte Vigoureux et du sculpteur Merlieux dans un style très éclectique, tourne le dos au chevet de Notre-Dame.
Le banquier Jonas Hagerman et l’entrepreneur Sylvain Mignon acquièrent l’ancien jardin de Tivoli à partir de 1821. Le lotissement qu’ils prévoient est en étoile, centré sur la place de l’Europe. Les rues qui en rayonnent portent les noms de capitales européennes. L’ouverture de la ligne de chemin de fer Paris-Saint-Germain et la construction du premier embarcadère vont modifier le quartier qui ne sera terminé qu’au cours des années 1860.
HAUSSMANN ET NAPOLÉON III
LORSQUE NAPOLÉON III DEVIENT EMPEREUR DES FRANÇAIS, IL CHERCHE UN PRÉFET QUI PUISSE FAIRE DE PARIS LA PLUS BELLE ET LA PLUS MODERNE DES VILLES DU MONDE. ENCOURAGÉ PAR PERSIGNY, SON MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, IL CHOISIT HAUSSMANN EN JUIN 1853, ALORS PRÉFET DE LA GIRONDE.
Bonapartiste fervent, par tradition familiale et par conviction, Eugène Haussmann est prêt à réaliser l’oeuvre de l’empereur en se dévouant corps et âme. Pendant plus de seize ans, Napoléon III et son préfet travaillent en parfait accord et se voient au moins une fois par semaine quand l’empereur séjourne dans la capitale. Si le préfet n’obtient pas de Napoléon III de devenir ministre de Paris, comme il l’ambitionne pour avoir une plus grande marge de manoeuvre, il a accès au Conseil des ministres, devient sénateur et est couvert d’honneurs par le souverain. Haussmann reçoit ainsi le titre de baron, la grand-croix de la Légion d’honneur et obtient un boulevard à son nom inauguré de son vivant. Cependant, en janvier 1870, Napoléon III est contraint de le sacrifier à l’avènement de l’Empire libéral. Loin d’être aigri, Haussmann assume fièrement l’œuvre accomplie et rend hommage à son véritable concepteur Napoléon III dans ses Mémoires alors que l’empereur est pourtant déchu et mort depuis longtemps.
Adolphe Yvon, Napoléon III remettant au baron Haussmann le décret d'annexion des communes limitrophes. Étude pour le tableau détruit dans l'incendie de l'Hôtel de Ville. CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Les tableaux célèbrent l’agrandissement de Paris par l’annexion des communes qui l’entourent. Haussmann, respectueusement courbé car il ne doit pas dépasser l’empereur plus petit, reçoit de sa main le décret du 9 février 1859. Commandé par le conseil municipal de Paris pour sa salle des séances, le tableau de droite est jugé trop conventionnel et un autre le remplace (tableau de gauche). En 1871, l’ironie veut que l’œuvre disparaisse dans l’incendie de la Commune et que ce soit finalement ce tableau recalé qui commémore l’événement pour l’Histoire !
LES PROJETS CONCURRENTS
LORSQU’HAUSSMANN REÇOIT DE NAPOLÉON III LA MISSION DE FAIRE DE PARIS UNE CAPITALE « DIGNE DE L’EMPIRE », LES TRAVAUX ONT DÉJÀ COMMENCÉ SOUS L’ADMINISTRATION PRÉCÉDENTE.
Le premier projet qu’Haussmann présente à la commission municipale en 1853 reprend quelques éléments du premier « plan de l’Empereur » alors affiché dans son cabinet de travail et offert, en 1867, au roi de Prusse. Au cours du même été, la commission des embellissements de Paris, dont le secrétaire général est le comte Siméon, est, elle aussi, mandatée pour faire des propositions selon un programme détaillé établi par Napoléon III.
Plusieurs projets sont ainsi mis en concurrence. Haussmann obtient cependant de Napoléon III la dissolution de la commission devenant ainsi l’administrateur zélé qui va réaliser la transformation de Paris. La lecture en creux de cette disparition permet de mettre à jour la « méthode haussmannienne » : s’appuyer sur les services de la préfecture, rejeter toute idée de « plan d’ensemble », favoriser une autonomie des opérations, peu modifier la réglementation en cours, etc.
Seul document retrouvé parmi les archives de la commission des embellissements, ce plan présente le programme de voies nouvelles à tracer dans le Paris ancien des douze arrondissements. Pour autant, le programme de l’empereur prévoyait d’étendre les voies nouvelles jusqu’au pied des fortifications.
Le premier projet haussmannien, présenté à la commission municipale du 13 janvier 1854, prévoyait un nouveau centre-ville entre l’Hôtel de Ville, les Halles et la place du Châtelet. Cette dernière reçoit l’Hôtel des Postes, situé en face de l’Hôtel de Ville, et devient le débouché du chemin de fer « intérieur de Paris » qui relie entre elles les gares parisiennes. En dépit d’une enquête publique ayant connu un grand succès, ces deux équipements sont écartés. Il ne reste de ce programme que le nouveau quartier de l’avenue Victoria et le réaménagement de la place du Châtelet.
L’aquarelle présente un plan de Paris avec de grandes lignes de couleur de la main de Napoléon III, préfigurant les voies nouvelles. Donné au roi de Prusse lors de l’Exposition universelle de 1867, il a disparu dans les bombardements de Berlin en 1945.
LES MÉMOIRES D’HAUSSMANN PARUS ENTRE 1890 ET 1893 ET, PARADOXALEMENT, LES CARICATURES ET LES PAMPHLETS CRITIQUES COMME LES FABULEUX COMPTES D’HAUSSMANN DE JULES FERRY (1868) ONT EFFACÉ LES AUTRES ACTEURS DE L’HAUSSMANNISATION – UN TERME NÉ ALORS QU’HAUSSMANN ÉTAIT ENCORE PRÉFET DE LA SEINE.
À la tête de l’institution, Haussmann s’appuie sur des collaborateurs de talent. Distingués dans les services de la préfecture de la Seine ou connus lors de ses affectations précédentes, dans l’Yonne ou en Gironde, il les fait venir à ses côtés dans la capitale. Parmi eux : les ingénieurs Eugène Belgrand et Adolphe Alphand, le paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps, les architectes Gabriel Davioud, Victor Baltard et Eugène Deschamps. Ce dernier, peut-être le plus oublié, directeur du plan de Paris à partir de 1859 après avoir longtemps travaillé comme architecte-voyer de la Ville de Paris, est pourtant « l’inspirateur du tracé [des] grandes voies nouvelles » (Haussmann).
Victor Baltard, grand prix de Rome, entre à la Ville de Paris en 1841. En 1845, la construction des Halles centrales lui est confiée. En 1848, il est nommé responsable de l’Hôtel de Ville et des églises parisiennes. En 1860, il devient directeur du service d’architecture de la Ville de Paris avec, sous son autorité, quatre architectes en chef, tous prix de Rome. Il est l’architecte de l’église Saint-Augustin et du temple réformé du Saint-Esprit.
Gabriel Davioud est architecte à la Ville de Paris depuis 1843. En 1855, il intègre le service des promenades et plantations pour lequel il dessine les kiosques et les grilles des jardins. Son travail transforme aussi le décor des rues parisiennes : il est l’auteur des fontaines Saint-Michel et du jardin des Grands-Explorateurs. Le Paris des théâtres lui est également redevable : il dessine le théâtre du Châtelet, construit entre 1860 et 1862, ainsi que le théâtre lyrique qui deviendra le théâtre Sarah-Bernhardt.
Adolphe Alphand rencontre Haussmann à la préfecture de Bordeaux. Polytechnicien et ingénieur des Ponts-et-Chaussées, il est chargé des installations maritimes et du chemin de fer. Avec Barillet-Deschamps, il organise de grandes fêtes en 1852 à l'occasion de la venue dans la ville de Louis-Napoléon Bonaparte. En 1854, Haussmann lui confie le service des promenades et plantations.
Eugène Belgrand, polytechnicien et ingénieur des Ponts- et-Chaussées, est remarqué par Haussmann à la préfecture de l’Yonne. Nommé à la direction du service des eaux de Paris en 1854, il se voit confier la mission de l’adduction de sources lointaines du bassin de la Seine pour l’alimentation en eau de la capitale. C’est aussi lui qui se charge de la construction d’un réseau d’égouts.
Jean-Pierre Barillet-Deschamps est nommé jardinier en chef en 1854. Il est chargé des réalisations horticoles des « espaces verdoyants ». Comme Alphand, il rencontre Haussmann à Bordeaux où il est en charge des plantations urbaines et dirige un établissement horticole. Inventeur de la production horticole en série, il crée à Paris un nouveau modèle paysager.
ET PARIS DOUBLA SA SUPERFICIE !
DANS SES MÉMOIRES, ÉCRITS LONGTEMPS APRÈS LES FAITS, HAUSSMANN REGROUPE PAR « RÉSEAUX » L’ENSEMBLE DES OPÉRATIONS URBAINES QUI SE DÉROULENT DURANT UNE VINGTAINE D’ANNÉES.
Parmi ces opérations, l’extension de Paris jusqu’au pied des fortifications revient à intégrer des communes entières ou des portions de communes dans le territoire parisien. Les aménagements des nouveaux arrondissements, commencés sous l’Empire, se poursuivront sous la Troisième République. Par la « réunion des communes » comprises entre l’ancien mur des Fermiers généraux et les fortifications, Paris double sa superficie et gagne près de 500 000 habitants au 1er janvier 1860.
Le décret du 9 février 1859 annonce l’extension des limites de Paris, avec l’intégration des communes du département de la Seine situées entre l’ancien mur des Fermiers généraux et les fortifications, ainsi que les procédures d’enquête publique et de votes par les conseils municipaux et d’arrondissements. Seules les communes de La Villette et de Bercy émettent de vives protestations, compte tenu du report de l’octroi aux fortifications et de la disparition de la zone franche.
La carte présente les nouveaux arrondissements issus de l’annexion des territoires compris entre l’ancien mur des Fermiers généraux (en bleu) et les fortifications (en rouge). Onze communes sont supprimées et dix-sept autres voient leurs limites modifiées. On note également les hésitations dans la numérotation des arrondissements.
LES « PERCÉES » ENTAMENT LE TISSU URBAIN ANCIEN ET LES « PERSPECTIVES » DIRIGENT LE PEUPLEMENT DANS DES TERRITOIRES ENCORE PEU URBANISÉS.
Reprenant les premiers travaux commencés sous la préfecture Berger, le premier réseau correspond à la « croisée de Paris » nord-sud et est-ouest : boulevard de Sébastopol (devenu, rive gauche, le boulevard Saint-Michel), prolongement de la rue de Rivoli, rive droite, et du boulevard Saint-Germain, rive gauche. Le second réseau, approuvé en 1858, prévoit la mise en relation des quartiers parisiens entre eux par un tracé de nouvelles voies en radiale et en rocade autour de Paris s’appuyant sur les deux grandes places : de l’Étoile à l’ouest et de la Nation à l’est. Le troisième, datant du milieu des années 1860 et qui se poursuivra sous la Troisième République, achève les opérations prévues. Pour les deux derniers, il s’agit d’intégrer les nouveaux arrondissements.
Les trois réseaux sont ici surlignés d’après les dates des décrets d’utilité publique : en rouge, le premier, correspond à la croisée de Paris et aux premières interventions dans l’ouest parisien ; en bleu, le second, irrigue les quartiers périphériques et leurs liaisons avec le centre de Paris ; en jaune, le troisième, complète le dispositif et achève les opérations commencées.
En clair, les boulevards correspondent à l’ancien mur des Fermiers généraux qui circonscrivait le Paris des douze arrondissements. Au-delà, les fortifications, devenues sièges de l’octroi, sont les nouvelles limites de la ville à partir de 1860.
DÈS SON ARRIVÉE À LA TÊTE DE LA PRÉFECTURE DE LA SEINE, HAUSSMANN SE SAISIT DU PROBLÈME DE L’APPROVISIONNEMENT EN EAU DE LA CAPITALE.
Il faut acheminer l'eau, s'assurer de sa qualité et la distribuer dans les domiciles parisiens. Haussmann confie le service des eaux de Paris à l’ingénieur Belgrand. Prélevée loin de Paris, l’eau est acheminée par les aqueducs de la Dhuys et de la Vanne. Elle est ensuite conservée dans de grands réservoirs avant d’être distribuée dans les logements parisiens par abonnement. Ce service est distinct d’un service public, alimenté par les eaux de la Seine, pour le nettoyage des rues.
Sous le Second Empire, le sous-sol de Paris est doté de nombreuses galeries souterraines, comprenant les conduites de distribution d'eau, d'égouts et du gaz d'éclairage. Ce réseau souterrain double le maillage des rues créées en surface. Plus de 500 km d’égouts, conduites hiérarchisées entre égouts élémentaires et collecteurs de divers gabarits, permettent l’évacuation des eaux usées ménagères et industrielles. Les galeries souterraines permettent aussi de densifier le réseau de gaz, d’améliorer sa distribution aux Parisiens et l’éclairage des rues grâce à de nouveaux candélabres.
À l’occasion de l’Exposition universelle de 1867, des visites sont organisées pour faire découvrir au public, à bord d'un bateau ou d'un wagon-vanne, l’ingéniosité du système des égouts parisiens.
Construit entre 1867 et 1874, l’aqueduc de la Vanne permet l’adduction des eaux de cet affluent de l’Yonne, à plus de 150 km de la capitale, jusqu’au réservoir de L’Haÿ-les-Roses.
Canaux souterrains et ponts-aqueducs sur le modèle romain, se succèdent pour l’approvisionnement de Paris en eau de qualité.
DANS LE CENTRE DE PARIS, LES PERCÉES HAUSSMANNIENNES ENTRAÎNENT LA CRÉATION DE PLACES NOUVELLES OU LE RÉAMÉNAGEMENT DE PLACES EXISTANTES.
Les places de l’Hôtel-de-Ville et de Saint-Germain-des-Prés sont ainsi transformées tandis que les places d’Iéna et de Wagram sont créées. Certaines d’entre elles se font esplanades ou parvis pour les nouveaux équipements ou les monuments du Paris impérial comme pour les églises Saint-Augustin et de la Trinité, la fontaine Saint-Michel, ou, plus tard, l’Opéra.
L’annexion des communes de la petite couronne et la démolition du mur et des barrières des Fermiers généraux permettent de nouveaux aménagements dans les quartiers périphériques. Seize nouvelles places sont aménagées de part et d’autre de l’ancienne enceinte profitant des espaces créés, à la jonction du nouveau boulevard et des voies qui s’y raccordent, ou libérés par la disparition des pavillons d’octroi. Pour doter les nouveaux arrondissements de centres attractifs, les anciennes places de village sont agrandies et embellies.
Pour magnifier la place Saint-Michel au cœur du Paris rénové, Haussmann confie en 1856 l’aménagement d’une fontaine monumentale à Gabriel Davioud, un jeune architecte appelé à devenir l’un principaux maîtres d’œuvre du Paris haussmannien.
La place de Clichy est née de l’espace libéré par la démolition du mur et du bureau d’octroi. En 1863, l’expropriation de deux parcelles permet d’en rectifier la forme. En 1864, un concours est lancé pour le monument au maréchal Moncey. C’est le projet du sculpteur Amédée Doublemard (statue) et de l’architecte Edmond Guillaume (piédestal) qui est retenu. Le monument est installé au centre de la place en 1869.
L’IMMEUBLE DIT « HAUSSMANNIEN », HÉRITIER D’UNE LONGUE TRADITION CLASSIQUE, TROUVE SA MATURITÉ À PARTIR DE 1859-1860.
À travers les actes de vente, qui sont assortis de préconisations formelles émanant de la préfecture, une esthétique relativement uniforme se développe avec notamment les balcons filants aux second et cinquième étages. Le décret du 27 juillet 1859 fixe, quant à lui, la hauteur des façades en fonction de la largeur des rues et donne des indications sur le profil des combles. Revêtus de zinc ou d’ardoise, ces derniers font l’objet d’une attention grandissante alors même que la hiérarchie sociale, avant l’ascenseur, continue de valoriser les étages bas. Une distinction informelle s’opère selon le coût de construction, la situation et le prix de location, entre immeubles dits « de première, deuxième et troisième classes ».
Les cariatides et atlantes signalent généralement les immeubles de première classe. Dans les lieux les plus exposés (angles, carrefours, places), le système répétitif du lotissement laisse place à des compositions plus monumentales. L’immeuble haussmannien est également le fruit d’une évolution technologique, la taille des pierres, et d’une généralisation de l’ornement en série.
Cet immeuble, de la rue des Halles de rapport en pierre de taille, a été construit par l'architecte P. Lobrot en 1869. Il est orné de cariatides sculptées par Charles Gauthier. Avec sa décoration extrêmement riche et empruntant aux styles les plus variés, il constitue un remarquable exemple de style éclectique contemporain de la période haussmannienne.
SOUS LE SECOND EMPIRE, LE LOGEMENT POPULAIRE EST UN SECTEUR ABANDONNÉ À L’INITIATIVE PRIVÉE.
La tension sur les loyers est particulièrement forte jusqu’au début des années 1860 et s’accompagne, en centre-ville, d’une densification considérable du bâti dans les voies épargnées par les travaux. Si l’annexion a détendu le marché immobilier parisien, celui-ci reste déséquilibré vers le haut puisque la construction d’immeubles bourgeois est relancée. Cependant, à l’inverse d’autres grandes villes industrielles, l’offre de logements populaires à Paris existe dans les quartiers périphériques ou les territoires annexés, « lotissements de marchands de vin » ou de petits promoteurs individuels. Quelques opérations emblématiques sont conduites sous le patronage des autorités : la cité Napoléon, « l’opération des Dix millions » dans le 12e arrondissement lancée par le prince-président en 1852, ou encore les « spécimens » de maisons ouvrières pour l’Exposition universelle de 1867. Des philanthropes construisent également des petits ensembles urbains.
La cité Napoléon ou cité Rochechouart, oeuvre de l’architecte Veugny, est mise en location en 1853. Distribuée en cinq corps de bâtiments de trois étages chacun, elle propose des logements d’une à deux pièces-cuisine et tout un ensemble d’équipements collectifs autour de coursives. Son aspect rappelant trop « la caserne, l’hôpital et le cloître », elle sera très critiquée et son modèle abandonné.
La place Sainte-Marthe se trouve au cœur de la cité du comte de Madre. Le philanthrope lotit le quartier entre 1854 et 1876, sur ses fonds personnels, en louant le sol à des constructeurs et en construisant lui-même de petits immeubles. Il s’agit pour lui de « livrer à la classe ouvrière des habitations saines, commodes et d’un prix modique », dont il retire une rentabilité non négligeable de 6%.
Ces « maisons de l’Empereur, affectées aux logements des petits ménages et d’ouvriers », ont été construites par l’architecte Godeboeuf sur un terrain mis à disposition par Napoléon III et financées par les crédits des biens confisqués à la famille d’Orléans. C’est l’opération des « Dix millions ». Les locations de ces immeubles sont destinées à l’entretien de l’asile de Vincennes (aujourd’hui Saint-Maurice) mais les logements sont lentement occupés car le quartier est trop loin du centre.
IMPLANTÉS SOUS LA MONARCHIE DE JUILLET, LES « EMBARCADÈRES » RELÈVENT D’ENJEUX PRIMORDIAUX POUR LE PROJET HAUSSMANNIEN.
Les gares, « embarcadères », font l’objet de travaux d’agrandissement et d’extension. Les percées nouvelles ou prolongations de voies existantes permettent de les relier entre elles et de mieux les articuler avec la circulation urbaine. Reconstruite en 1852, la rue de Rennes est envisagée comme rattachant la gare de l’Ouest (actuelle gare Montparnasse) à celle du Nord. La rue Lafayette prolongée relie cette dernière à la gare Saint-Lazare. Pendant les années 1860, deux embarcadères sont remplacés par des constructions de grand prestige : celui du Nord (1861-1865) et celui d’Orléans (Austerlitz, 1865-1869). À la gare du Nord, l’architecte Jacques-Ignace Hittorff dessine une halle métallique avec de hauts piliers en fonte de forme inédite. La halle s'articule avec l'élégante façade sculptée où vingt-trois statues allégoriques représentent les villes desservies par le réseau. À la gare d’Orléans, une autre construction à la pointe des possibilités de l’époque voit le jour. La structure métallique, fabriquée par les usines du Creusot, relève de l’exploit avec 52 m de portée libre. Ces deux halles impressionnantes font écho aux galeries du Palais de l’Exposition universelle de 1867, vitrine internationale des capacités françaises d’alors en matière de construction métallique.
Architecte et archéologue, Jacques-Ignace Hittorff conçoit, pour la nouvelle gare du Nord, une vaste halle métallique dont la façade fait référence à l’architecture antique : arc de triomphe à trois arches, colonnes, pilastres, volutes et antéfixes. Vingt-trois statues mobilisent des sculpteurs de premier plan dont les œuvres ornent aussi les monuments parisiens emblématiques du régime : palais du Louvre, nouvel Opéra de Paris.
Achille Quinet, Gare du Nord, 10e arrondissement, 1868. CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Entre 1865 et 1869 l’architecte de la Compagnie d’Orléans, Louis Renaud, dessine pour la gare parisienne de nouveaux bâtiments de départ et d’arrivée ainsi qu’une grande halle métallique longue de 280 m. S’intégrant parfaitement aux structures en pierre, elle est admirée comme prouesse technique mais aussi pour sa légèreté et l’élégance des consoles rattachant les fermes métalliques aux murs latéraux.
PARMI LES RÉALISATIONS HAUSSMANNIENNES, LES MAIRIES D’ARRONDISSEMENT ET LES ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES OCCUPENT UNE PLACE PARTICULIÈRE DANS LE CADRE DE LA POLITIQUE DE DÉCENTRALISATION DES SERVICES PUBLICS.
De nouvelles mairies sont ainsi construites dans les 1er, 3e, 4e, 7e et 11e arrondissements, mais aussi dans les nouveaux arrondissements périphériques (12e, 15e, 18e, 19e, 20e). Hittorff ou Davioud, auteurs d'édifices prestigieux dans Paris sont sollicités ainsi que les architectes de la Ville comme Léon Salleron pour la mairie du 20e. La mairie du 19e est construite en brique, un matériau populaire, mais prend l’aspect des châteaux et hôtels particuliers du XVIIe siècle face au parc des Buttes-Chaumont.
A gauche : bâtie par Jacques-Ignace Hittorff en 1860, l'ancienne mairie du 1er arrondissement est une belle illustration de la métamorphose de Paris engagée par Haussmann. Accolée à l’église Saint-Germain-L'auxerrois, la façade occidentale de la mairie, est la jumelle de celle de l'église, six siècles plus tard.
Au centre : œuvre de Gabriel Davioud, la mairie du 19e arrondissement est achevée en 1878.
A droite : Léon Salleron entre à la Ville de Paris en 1843 comme conducteur de travaux avant de devenir architecte. En 1866, il se voit confier la section du 20e arrondissement. À ce titre, il est chargé de la construction de la mairie du nouvel arrondissement (1867-1877), puis, après la chute de l’Empire, de nouvelles écoles.
Sous le Second Empire, pour développer l’instruction publique, un programme de construction d’établissements scolaires est mis en œuvre à Paris, notamment dans les nouveaux arrondissements. Il sera poursuivi et amplifié sous la Troisième République. Les architectes municipaux, un corps créé par Haussmann, sont les maîtres d’œuvre de ces nouveaux édifices.
L'école Colbert a ouvert en 1868 pour accueillir 800 élèves.
L’AUGMENTATION DE LA POPULATION PARISIENNE, L’AGRANDISSEMENT DE LA VILLE APRÈS L’ANNEXION DE 1860 ET L’EXTENSION DU RÉSEAU FERRÉ FAVORISANT L’APPROVISIONNEMENT EN DENRÉES DIVERSES ONT RENDU NÉCESSAIRE LA CRÉATION DE MARCHÉS ALIMENTAIRES.
Vingt-et-un édifices sont construits, ou reconstruits, sous le Second Empire, pour beaucoup sous forme de concessions. Ainsi, le marché du Temple, édifié entre 1863 et 1865 par l’architecte Jules Merindol, est concédé pour cinquante ans à la banque Ferrière et Cie. C’est aussi le cas des marchés Secrétan (1860), Saint-Quentin (1866) ou Japy (1870). Entre 1858 et 1867, sont aussi construits les abattoirs et le marché aux bestiaux de La Villette. Ces édifices témoignent des progrès de l’architecture métallique et de l’intérêt qu’y portait le baron Haussmann, auteur de la recommandation « Du fer, du fer, rien que du fer ! » adressée à Victor Baltard, architecte chargé de la reconstruction des Halles centrales en association avec Félix Callet (1853-1870).
En 1851, un premier pavillon est construit pour les nouvelles Halles centrales, sur les plans de Victor Baltard et Félix Callet. Le chantier est interrompu après une visite de l’empereur en juin 1853 et les architectes doivent présenter de nouveaux plans et adopter une architecture métallique. La construction des douze pavillons, constitués de colonnes de fonte implantées dans des murets en brique et sur lesquelles reposent des toits en zinc, est lancée en 1853. Jusqu’en 1874, dix pavillons sont construits. Il faut attendre les années 1930 pour que soient réalisés les deux derniers édifices.
Inaugurés en 1867, les abattoirs et le marché aux bestiaux de La Villette permettent de regrouper en un seul lieu, dans un quartier bien relié aux nouveaux moyens de transport, les activités de boucherie approvisionnant la capitale, et de mettre en oeuvre les principes sanitaires définis par les autorités. Victor Baltard est chargé de dessiner les plans et Adolphe Janvier de diriger le chantier.
PRÉVENIR LES BARRICADES, CONTRÔLER LE PARIS ÉMEUTIER, OUVRIR DES VOIES POUR LA CIRCULATION DES TROUPES, CASERNER LA GARDE DE PARIS…
La dimension militaire des travaux parisiens a souvent été considérée comme une priorité de Napoléon III et d’Haussmann, même si la transformation de Paris est surtout destinée à faciliter la circulation de la population et des marchandises, et à permettre l’assainissement de la ville. L’emplacement et la construction de plusieurs casernes dans la capitale répondent à la nécessité de loger les troupes, nombreuses et mal installées, et à une volonté de maintenir l’ordre.
Aux onze casernes qui existaient à la fin de la monarchie de Juillet (1848), le Second Empire en ajoute trois pour la Garde de Paris : les casernes Napoléon et Lobau à côté de l’Hôtel de Ville, la caserne de la Cité, et une autre place du Château-d'Eau pour accueillir les régiments de ligne. Si le préfet de la Seine n’intervient pas directement dans la construction de ces édifices, leur jonction par de nouvelles artères facilite l’intervention des forces de l’ordre.
Construite à partir de 1854 par l’architecte militaire et commandant du génie Legrom, sur les plans de Davioud, la caserne du Prince-Eugène (aujourd’hui caserne Vérines) est ouverte en 1857, avant même son achèvement en 1859, et sa dénomination date de 1863. Située place du Château - d'Eau (aujourd’hui place de la République), dans un quartier populaire, elle est à la jonction de plusieurs artères majeures, entre le centre de Paris et des quartiers est et nord considérés comme prompts à l’émeute.
Au lendemain de la révolution de 1848, pour protéger l'Hôtel de Ville, Louis-Napoléon Bonaparte décide de créer, dès 1849, une nouvelle caserne. Lancée en 1852, la construction de l’édifice, sur les plans du capitaine de génie Guillemant s’achève deux ans plus tard. Entre 1851 et 1857, l’architecte Louis Janvier construit la caserne Lobau de l’autre côté de la rue François-Miron.
LA TRANSFORMATION DE PARIS S’ACCOMPAGNE DE LA CRÉATION, DE LA TRANSFORMATION OU DU TRANSFERT DE PLUSIEURS ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ, AU PREMIER RANG DESQUELS L’HÔTEL-DIEU DONT LA VÉTUSTÉ EST DÉNONCÉE DÈS LE XVIIIe SIÈCLE.
La reconstruction de l’Hôtel-Dieu fait débat : l’hôpital doit-il rester au cœur de la capitale, « à l’ombre de Notre-Dame », ou doit-il être déplacé pour des raisons sanitaires et humanitaires dans les nouveaux quartiers parisiens au plus près des populations ouvrières ? À l’encontre de nombreux médecins, l’empereur choisit de le déplacer au nord du parvis de Notre-Dame, dans le quartier des Ursins, mais toujours sur l’île de la Cité. Si Paris intramuros est privilégié pour les hôpitaux, les hospices sont transférés en périphérie. Pour Haussmann cela présente le double intérêt de ne pas « faire obstacle à la circulation, au commerce, à la prospérité des quartiers où ils sont situés », et de répondre aux besoins des patients en offrant espace, calme et air pur. Lancé en 1860, le programme de construction d’établissements psychiatriques prévoit ainsi leur éloignement. En 1863, le choix de la ferme Saint-Anne, dans les nouveaux territoires du Paris agrandi, s’explique par la double fonction de l’établissement, à la fois lieu d’internement et d’enseignement.
L’ancien Hôtel-Dieu se situe au sud du parvis de Notre-Dame et sur la rive gauche. Le bâtiment au-dessus de la Seine a été remplacé par une simple passerelle couverte en bois. On aperçoit, à l’arrière du bâtiment, les arbres du « promenoir des malades », ainsi que les bâtiments de l’administration de l’Assistance publique dans l’ancien hôpital des Enfants-Trouvés de Paris.
Le programme du nouvel Hôtel-Dieu est finalement réduit à la demande des médecins pour n’accueillir que 500 malades. La construction, sous la direction des deux architectes Émile Gilbert puis Stanislas Diet, commencée en 1866 est différée par la guerre puis la Commune. L’inauguration n’a lieu qu’en 1877. Les principes aéristes de sa conception sont alors déjà dépassés.
L’hôpital Sainte-Anne est construit par l’architecte Charles-Auguste Questel, suivant les préconisations de l’aliéniste Esquirol : une allée nord-sud divise en deux le site, clos par des murs. À l’est, se trouvent les bâtiments des admissions et de l’hôpital universitaire ; à l’ouest, le quadrilatère psychiatrique se compose de six pavillons pour les femmes, six pour les hommes – rigoureusement séparés – autour du bâtiment administratif et de la chapelle.
Un autre hôpital, situé à côté de la prison Saint-Lazare, est déplacé du fait du percement des boulevards de Strasbourg et de Magenta. Il est reconstruit par l’architecte Théodore Labrouste au 200 rue du Faubourg- Saint-Denis, sous le nom de Maison Dubois puis Maison municipale de Santé, et est destiné aux malades payants : c’est l’actuel hôpital Fernand-Widal
LA PRISON DE LA SANTÉ
INAUGURÉE EN 1867 DANS UN QUARTIER QUI DOIT SON NOM AUX NOMBREUSES INSTITUTIONS HOSPITALIÈRES PRÉSENTES, LA PRISON DE LA SANTÉ S’INSCRIT DANS LE CHANTIER DU PARIS HAUSSMANNIEN.
La situation de la prison permet aux prévenus d’être rapidement conduits au Palais de Justice via le boulevard Arago. Censée remplacer la prison des Madelonnettes, devenue trop petite et située sur le tracé de la nouvelle rue de Turbigo, elle dispose à son ouverture de plus de 500 cellules qui seront doublées au début du XXe siècle. Le plan, conçu par l’architecte Émile Vaudremer, facilite la surveillance des prisonniers par la disposition en étoile des bâtiments et combine deux systèmes d’enfermement. Le quartier bas dans la partie est, pour les prévenus, suit le régime « pennsylvanien » (isolement des détenus en cellules individuelles, de jour comme de nuit). Le quartier haut dans la partie ouest, pour les condamnés, adopte le modèle « auburnien » (travail en groupe, le jour, et isolement dans des cellules individuelles, la nuit). Plus important encore, la Santé se distingue à l’époque par l’importance accordée aux conditions d’hygiène. Cette prison fait figure de modèle comparée aux autres établissements pénitentiaires parisiens dont l’insalubrité et le manque d’entretien sont responsables de maladies aggravant ainsi les peines.
ENTRE 1853 ET 1870, PARIS SE DOTE D’UNE VINGTAINE D’ÉGLISES QUI RÉPONDENT À DEUX OBJECTIFS DU BARON HAUSSMANN.
Dans le cadre de son programme d’embellissement et de refonte du tissu urbain, Haussmann souhaite ériger des édifices qui soient non seulement monumentaux, mais qui servent également de point d’orgue aux perspectives nouvelles créées. Ainsi, si l’on chemine sur le boulevard Malesherbes depuis l’église de La Madeleine, on peut voir la façade de l’église Saint-Augustin se dresser fièrement, tout comme celle de La Trinité qui s’offre à la vue du promeneur remontant la rue de la Chaussée-d'Antin. À la fonction esthétique, s’ajoute une raison plus prosaïque.
Après l'annexion de plusieurs communes limitrophes en 1860, le nombre d’habitants augmente et, à sa suite, celui des fidèles nécessitant de nouveaux lieux de culte (Notre-Dame de Clignancourt, Saint-Bernard de la Chapelle, Saint-Jean-Baptiste de Belleville, etc. ). Pour ces chantiers d’envergure, Haussmann sollicite plusieurs architectes de renom, parmi lesquels Victor Baltard, célèbre pour ses Halles, et – on le sait moins – auteur de l’église Saint-Augustin, ou encore Théodore Ballu qui érige pas moins de trois églises (Saint-Joseph-des-Nations, La Trinité, Saint-Ambroise).
Le baron Haussmann a confié nombre de projets à l’un de ses architectes favoris, Victor Baltard, dont celui de l’église Saint-Augustin. Le terrain dévolu, de forme triangulaire, contraint ce dernier à faire preuve d’ingéniosité : les chapelles s’élargissent à mesure que l’on s’approche du chœur. La coupole monumentale, la rosace dorée, le riche programme sculpté de la façade… tout lui confère la somptuosité voulue par Haussmann.
L'église Notre-Dame de Clignancourt, située dans l’ancienne commune de Clignancourt, a été édifiée pour pouvoir accueillir des fidèles, toujours plus nombreux, qui devaient jusqu’alors se rendent à Saint-Pierre de Montmartre pour assister au culte. En 1859, le baron Haussmann pose la première pierre de l’édifice, œuvre de Paul-Eugène Lequeux (1806- 1873) qui se démarque de ses confrères en adoptant un style plus moderne. L’architecture est sobre et rationnelle, le décor sculpté très modeste. À l’intérieur, les peintures murales rehaussent la relative sobriété générale de l’église.
LA GÉOGRAPHIE THÉÂTRALE PARISIENNE EST SENSIBLEMENT MODIFIÉE PAR LES TRAVAUX HAUSSMANNIENS.
Alors qu’est décrétée en 1864 la « liberté des théâtres » et que les cafés-concerts concurrencent de plus en plus les théâtres proprement dits, l’ouverture du boulevard du Prince-Eugène (actuel boulevard Voltaire) conduit à détruire en 1862 les salles rassemblées sur le boulevard du Temple. C’est le fameux « boulevard du Crime ». Haussmann, grand amateur de théâtre, en profite pour doter la ville de trois établissements : la Gaîté - reconstruite au square des Arts-et-Métiers, le Cirque-Olympique et le Théâtre Lyrique - reconstruits place du Châtelet (le premier devenant le théâtre du Châtelet et le second étant l’actuel théâtre Sarah-Bernhardt). Cet emplacement central montre l’importance accordée par le régime aux théâtres, lieux de prestige où le pouvoir met en scène la culture française et les plaisirs. L’édification du « nouvel Opéra » (le palais Garnier) est l’autre grand chantier théâtral du temps. Construit de 1861 à 1875, ce bâtiment d’un luxe extraordinaire, relié aux Tuileries par une avenue qui devait prendre le nom de Napoléon, est bel et bien la « cathédrale mondaine du Second Empire ».
Le plus grands des deux théâtres construits place du Châtelet par Davioud était destiné à remplacer le Cirque-Olympique du boulevard du Temple. Cependant, le spectacle de cirque disposant désormais de ses lieux propres, le nouveau théâtre prend le nom « neutre » de théâtre du Châtelet. De sa destination première, le bâtiment hérite d’une vaste scène et d’une importante machinerie qui lui permettent de se spécialiser dans les pièces à grand spectacle : féeries et pièces militaires.
Depuis les années 1760, un grand nombre de théâtres s’installent sur une portion du boulevard du Temple, rebaptisé « boulevard du Crime » du fait des mélodrames qui y sont joués sur les planches. Quand les travaux haussmanniens entraînent la destruction de sept théâtres, le lieu a toutefois perdu une large part de son attractivité. Les loisirs populaires se sont déplacés ailleurs et ce sont aux souvenirs de plaisirs anciens que les Parisiens disent adieu.
De 1861 à 1875, la construction du nouvel Opéra s’accompagne d’une vaste opération d’urbanisme. L’élément principal est le percement de l’avenue de l’Opéra, initialement avenue Napoléon, qui se poursuit dans les années 1870. Sa réalisation coûte presque deux fois plus cher que celle de l’Opéra lui-même. Ce dernier apparaît comme le chef-d’oeuvre du style Napoléon III. Le théâtre, conçu par Charles Garnier, est copié dans le monde entier.
LES TRAVAUX DE TRANSFORMATION DU LOUVRE ET DE SON QUARTIER, LANCÉS SOUS LE SECOND EMPIRE, NE SONT PAS ACHEVÉS À LA CHUTE DU RÉGIME.
Si l’incendie des Tuileries en mai 1871 imposera une reconstruction des pavillons de Flore et de Marsan, l’objectif fixé par Napoléon III est néanmoins atteint : achever cet ensemble fondateur et emblématique du classicisme français. Mis en œuvre par Louis Visconti et repris à sa mort, en 1853, par Hector Lefuel, le « grand dessein » qui consiste à réunir le Louvre et les Tuileries avait été esquissé sous Napoléon Ier par les architectes Percier et Fontaine. Lefuel donne au palais sa structure définitive. Il crée de nouvelles cours, reconstruit des escaliers mais démolit des éléments historiques telle la moitié occidentale de la Grande Galerie. Il donne par ailleurs au Louvre une dimension urbaine nouvelle en le dotant de guichets, passages qui en permettent l’accès côté Seine et côté rue de Rivoli. Sur le plan formel, l’architecte reprend certes à Jacques Lemercier le motif du pavillon de l’Horloge, mais se pose en rupture avec l’oeuvre de ses aînés, aussi bien sur le plan des masses qu’au niveau du traitement décoratif. Ce dernier exprime un renouveau du goût baroque qui est l’un des traits du fastueux Second Empire.
Construits sous le Second Empire, les guichets du Louvre permettent une circulation nord-sud sans avoir à contourner le Palais du Louvre. Leur construction n’a été rendue possible que par la destruction du quartier situé entre le Louvre et les Tuileries.
PARMI LES GRANDS TRAVAUX CONDUITS PAR LE PRÉFET EUGÈNE HAUSSMANN POUR LA TRANSFORMATION DE PARIS, LA RÉALISATION DU RÉSEAU D'« ESPACES VERDOYANTS » JOUE UN RÔLE FONDAMENTAL.
Ce réseau, confié au tout nouveau service des promenades et plantations - véritable laboratoire d’innovation créé en 1856 et dirigé par l’ingénieur Adolphe Alphand, place le végétal au coeur de la fabrique urbaine. Réaménagement des bois de Boulogne et de Vincennes, création des nouveaux parcs des Buttes-Chaumont et Montsouris, réalisation des vingt-quatre squares distribués dans tous les quartiers, établissement des plantations d’alignement dans les principales artères, transformation des jardins historiques hérités de l’Ancien Régime (Luxembourg, parc Monceau), création des places et plateaux plantés : le service d’Alphand met en oeuvre un chantier monumental ! Ce sont près de 1 780 ha qui transforment à jamais le paysage parisien. Grâce à une équipe pluridisciplinaire composée d’ingénieurs, de paysagistes, d’horticulteurs et d’architectes, il élabore un nouveau style de jardin adapté aux attentes et pratiques spatiales de la ville bourgeoise ainsi qu’aux contraintes techniques imposées par les réseaux des infrastructures urbaines.
Entre 1853 et 1859, l'ex-domaine royal du bois de Boulogne est transformé en une somptueuse promenade publique dotée de pavillons, restaurants, théâtre, cercles sportifs.
Aménagé en 1857 sur une partie des terrains de l’ancien enclos du Temple, le square du Temple présente toutes les caractéristiques du style inauguré par l’équipe d’Alphand : un lac avec rocher, des allées sinueuses, des pelouses vallonnées et une collection de plantes exotiques.
Premier jardin public établi par l’équipe d’Alphand au cœur historique de la capitale, le square de la Tour Saint-Jacques (1855-1856) est réalisé lors du dégagement et de la restauration de la tour de l’église Saint-Jacques-la-Boucherie et du percement du boulevard de Sébastopol.
CONÇU ENTRE 1864 ET 1867, SUR LE SITE DES ANCIENNES CARRIÈRES DE GYPSE DE MONTFAUCON, LE PARC DES BUTTES-CHAUMONT REPRÉSENTE LA RÉALISATION LA PLUS IMPORTANTE DU SERVICE DES PROMENADES ET PLANTATIONS SOUS LE SECOND EMPIRE.
Le projet est le résultat d’un travail d’équipe. L’ingénieur Adolphe Alphand assure la maîtrise d’œuvre avec l’ingénieur Jean Darcel, son second ; l’architecte Gabriel Davioud dessine le mobilier et les bâtiments ; les paysagistes Jean-Pierre Barillet- Deschamps et Édouard André élaborent les tracés et composent la palette végétale. Inauguré le 1er avril 1867, jour d’ouverture de l’Exposition universelle, le parc offre aux quartiers ouvriers du nord de Paris un grand espace végétalisé.
D’une échelle intermédiaire entre le petit square de quartier et les bois, on y trouve de longs parcours de promenade, des lieux de restauration et des belvédères. S’appuyant sur le terrain chaotique et rocheux, Alphand et ses collaborateurs composent un parc aux multiples références (les Alpes, les falaises d’Étretat, le paysage classique d'Italie, etc. ), où s’articulent paysages pittoresques et performance technologique.
Cette photographie témoigne de l’état du parc peu après son ouverture. La végétation, encore rare et peu développée, accentue l’effet de verticalité du rocher au milieu du lac. Au début de la Troisième République, les plages sont plantées pour l’isoler de l’humidité de l’eau.
Cette vue panoramique montre la richesse de composition du parc des Buttes-Chaumont et ses environs. Au-delà de la ceinture plantée des nouveaux boulevards, le quartier, encore très peu développé, apparait dominé par les terrains vagues et les cheminées d’usine.
LES TRAVAUX HAUSSMANNIENS ONT FAIT NAÎTRE LE PARIS MODERNE MAIS, PAR EFFET DE MIROIR, CETTE MODERNISATION À MARCHE FORCÉE NOURRIT UN INTÉRÊT CROISSANT POUR LES VESTIGES DU PARIS ANTIQUE ET MÉDIÉVAL.
Les premières heures de l’archéologie parisienne sous la monarchie de Juillet ont été mises à profit dès l’ouverture des grands travaux. En 1866, Théodore Vacquer, architecte et archéologue amateur, est nommé inspecteur au service historique de la Ville. Il suit les chantiers, faisant des relevés des découvertes du Paris antique, et entre en bataille, au crépuscule de l’Empire, entre 1869 et 1870, pour la conservation des arènes de Lutèce. Le « vieux » Paris n’est pas seulement archéologique. Ses vestiges visibles suscitent un intérêt plus grand encore, porté par la plume de Victor Hugo, entre autres. Plus de vingt ans après la parution de son hommage à la cathédrale médiévale, l’écrivain se fait pamphlétaire. Alignements et dégagements des monuments sont montrés du doigt par un florilège d’associations locales d’histoire et d’archéologie. Ces accusations ne sont pas étrangères à l’achat par le préfet de la Seine, en 1866, de l’hôtel Carnavalet, pour créer « un musée historique parisien ».
En 1866, la Ville de Paris acquiert l’hôtel Carnavalet pour abriter le musée et la bibliothèque historiques de la Ville de Paris. Cette nouvelle institution a pour mission la conservation et la présentation des œuvres. L’espace se révélant trop étroit, la bibliothèque est installée en 1898 dans l’hôtel voisin Le Peletier de Saint-Fargeau. Les deux institutions, musée et bibliothèque, sont inaugurées en 1898.