Saint-Malo : une friche "à la fraîche"

La politique de la ville en actions

À l’entrée de la ville de Saint-Malo, dans le quartier de la Découverte, un bassin mobile a été installé le temps de l’été, sur la friche industrielle de l’ancienne usine Seifel. Sur ce site inoccupé de plus d’un hectare, mis à disposition par le promoteur Réalités, des activités sportives et aquatiques sont proposées aux familles et habitants du quartier. Un projet porté par des associations locales et soutenu par le Département d’Ille-et-Vilaine. Une illustration de l'implication du Département en matière de politique de la ville.


Un bassin mobile dans le quartier

La friche du « Seifel », du nom de l’usine malouine de fabrication d’armoires électriques qui occupait anciennement ce vaste espace, s’est métamorphosée en piscine en plein air durant la période estivale. Pour la deuxième année consécutive, un bassin mobile de 25 m² a été installé dès la mi-juin sur le site et restera en place jusqu’à mi-septembre. Un véritable îlot de fraîcheur pour les résidents du quartier de la Découverte, identifié comme « un quartier prioritaire de la ville » (QPV).

« Le Département a participé à un groupe de travail avec les services de la Ville, de Saint-Malo Agglomération, de la sous-préfecture, mais aussi avec des associations locales comme Sports Mer Santé,  sur ce projet », explique Nathalie Leforestier, responsable de la mission sport à l’agence départementale de Saint-Malo. Les éducateurs sportifs et travailleurs sociaux du Département ont travaillé avec le collectif Breizh Insertion.

Propriétaire du bassin mobile,  l’association Sports mer santé  a proposé tout l’été des activités autour de l’aisance aquatique : apprentissage de la natation, ateliers parents-enfants, cours d’aquaphobie… Les participants sont des familles, parents, jeunes issus des quartiers prioritaires de la ville… « Ce bassin mobile permet de proposer des activités aquatiques aux personnes du quartier qui ne se rendent pas à la plage, soit parce qu’ils n’ont pas de moyen de se déplacer facilement ou parce qu’ils n’en ont pas l’habitude… », ajoute Nathalie Leforestier.

« C’est super, il y a toujours de bonnes choses qui se passent dans le quartier vers Bougainville. Ma fille avait peur de l’eau et l’an dernier elle a suivi un stage de piscine, où elle a pu dépasser ses peurs avec Lucie une monitrice. Cette année elle va revenir pour dépasser sa peur de sauter dans l’eau. C’est bien quand on n’a pas forcément les moyens de partir en vacances », Valérie, habitante du quartier de la Découverte a pu bénéficier de cette action avec sa fille de 9 ans en 2022.


Un partenariat public-privé réussi

Profiter du réaménagement urbain d’un site emblématique pour mener une action d’insertion sociale a été rendue possible par la mise à disposition du site par le promoteur immobilier Réalités, engagé dans le vaste projet de redynamisation et restructuration du quartier. Ce projet concerne aussi le centre commercial de la Découverte, conçu à la fin des années 60. Perçu à son ouverture comme extrêmement innovant, ce centre commercial est aujourd’hui devenu vétuste et va être entièrement rénové.

 « En 2020 a été lancé un vaste projet de réinvention du quartier. Réalités a travaillé avec la ville pour mieux comprendre les besoins des habitants sur le terrain pour voir notamment quels services complémentaires pouvaient leur être apportés. Demain, ce ne sera pas un simple centre commercial, il y aura une halle sportive, des bureaux, un pôle santé », explique Jean-Michel Onillon, directeur de la communication du promoteur Réalités. En 2021, une vaste concertation a été menée avec l’agglomération, la ville de Saint-Malo, la sous-préfecture, le Département. Objectifs : impulser une redynamisation à la fois culturelle et sociale au sein du quartier.

« C’est un exemple réussi et plutôt rare d’un partenariat public- privé », souligne Nathalie Leforestier.

Le site de la friche est isolé des passants et de la route et était adapté à l’installation d’un bassin mobile. « Réalités a mis à disposition des associations le site et a cherché à le rendre plus agréable avec des gazons synthétiques, des chaises longues, mais aussi en raccordant le terrain à l’eau et à l’électricité. », explique Jean-Michel Onillon. En 2022, l’expérimentation a attiré près de 400 participants sur la période estivale.


Une journée sportive pour les habitants du quartier

Début juillet, une journée festive et sportive a été organisée pour marquer le démarrage de cette seconde année par plusieurs associations sportives. Sarbacane, escrime, tir à l’arc, jeux en bois, randonnée urbaine, baptême de plongée sous-marine, yoga parents enfants…Totalement gratuites, les activités proposées sur cette journée ont attiré les habitants du quartier de la Découverte, résidents de l’autre côté de la route. Céline, mère de 2 filles, habite à la Hulottais, à moins d’1 kilomètre du site. « J’ai su par l’école qu’il y avait ce type de journée, il y avait une envie forte des filles de venir voir, elles ont une maman et un papa sportifs, donc elles avaient envie de venir tester la sarbacane ».

Tir à l'arc, jeux en bois, sarbacane... les associations ont proposé de nombreuses activités gratuites et ouvertes à tous.

Si les activités estivales sur le bassin sont gérées et organisées par Sports Mer Santé, d’autres associations sportives ont organisé cette journée. Dans le cadre du contrat de ville conclu entre Saint-Malo-agglomération, l’Etat, la Région, le Département, une formation socio-sport a été proposée aux acteurs associatifs intervenant dans les quartiers.

À l'issue de cette formation assurée par Breizh Insertion Sport, les éducateurs sportifs ont monté ce projet.

Nicolas le Guernic, gérant de l'association Sports évasion.

Nicolas le Guernic, gérant de l’association Sports Evasion, a fédéré les différentes associations participant à cette journée (Union sportive de Saint-Malo, les Marteaux du Jardin, le club de plongée Saint-Malo Plongée Emeraude). "C’est ouvert à tous aujourd’hui, les ateliers sont libres d’accès. On est intervenu dans les écoles du quartier pour inciter les enfants à venir. Et le bouche-à-oreille a fonctionné."

"L’idée était que les enfants puissent venir avec leur frère, leur sœur, leurs parents" - Nicolas le Guernic

À l’activité plongée, il y a de l’attente, malgré une eau à 20 degrés. Deux moniteurs encadrent les baptêmes. Quinze minutes d’immersion pour découvrir les sensations particulières de la plongée sous-marine. « C’est une activité accessible de 8 à 80 ans, on équipe les participants avec combis, palmes, masques… il n’y a pas forcément besoin de savoir nager car on avance avec les palmes, mais les participants ne doivent pas avoir une trop grande appréhension de l’eau. Le bassin n’ayant qu’1m50 de profondeur, les aspects physiologiques de la plongée en bouteille qui peuvent être gênant comme la pression ressentie sur les tympans ne se ressentent pas, en revanche ils peuvent déjà ressentir les effets de la plongée sur l’organisme, découvrir la manière dont on respire en plongée bouteille. », explique Anthony Rouault, moniteur de plongée à Saint-Malo Plongée Emeraude.

« La plongée, c’est comme un saut en parachute, on n’a pas l’occasion de le faire très souvent. C’est une activité inédite qui fait peur, mais qui attire aussi. Clairement, les personnes qui viennent sur ce type d’animations ne viendraient pas d’elles-mêmes vers ce type d’activités, trop onéreuses, et qu’ils jugent inaccessibles pour elles. Cela permet de passer du rêve à la réalité et pourquoi pas de créer un déclic », estime Emmanuel Feige, président du club.

Noam, 9 ans s’apprête à entrer dans le grand bain, combi shorty sur le dos. « Je n’ai jamais fait de plongée avant, quand on respire, on respire par la bouche, pas par le masque ».

Pour Otilia, 10 ans, la respiration dans l’eau n’a pas été évidente. « C’est la première fois sous l’eau, il faut respirer dans le machin bidule là, j’aimerais bien recommencer, mais pas dans la mer ».

À peine sorti du bassin, encore en combinaison, Jaidon livre ses impressions.

« C’est froid mais c’était bien. Au début ça parait lourd l’équipement, mais ensuite une fois qu’on est dans l’eau c’est très léger, pas trop habitué à la respiration. À un moment donné, j’ai demandé à remonter et ensuite on est retourné sous l’eau ça allait mieux, j’ai eu une bonne impression au final », Jaidon, 9 ans, habitant de la Découverte.


À l'image de cette action menée sur le quartier de la Découverte, le Département soutient de nombreux projets menés au sein des quartiers prioritaires, au titre de la politique de la Ville. L’éclairage d’Olwen Dénès, conseiller départemental délégué à la politique de la Ville.

« Il faut continuer à agir pour lutter contre le cumul des discriminations dans ces quartiers »

Olwen Dénès, conseiller départemental délégué à la politique de la Ville.

Quel est le rôle du Département en matière de politique de la ville ?

 

Olwen Dénès : « Les quartiers prioritaires de la Ville actuels ont été déterminés en 2015 par l’Etat en fonction d’un certain nombre de critères socio-économiques, il y en a environ 1500 en France. Il en existe 7 en Ille-et-Vilaine : La Découverte-Alsace-Poitou-la Gare à Saint-Malo, le quartier de Bellevue à Redon, les quartiers de Villejean, Cleunay, Maurepas, Bréquigny et le Blosne à Rennes. Dans chacun de ces quartiers, le Département mène un travail partenarial dans le cadre de contrats de ville locaux qui récapitulent les enjeux et ambitions pour chacun de ces territoires.

 

On arrive aujourd’hui à une période charnière, car les contrats actuels arrivent à échéance. Nous travaillons avec les intercommunalités et l’Etat pour la prochaine génération de contrats qui commencera en 2024. Le Département est acteur et financeur de projets dans ces quartiers alors que ce n’est pas une de nos compétences obligatoires. C’est une ambition forte que de continuer à agir pour lutter contre le cumul d’inégalités et de discriminations que l’on constate dans ces quartiers, avec des taux de chômage, de précarité, de mal-logement plus élevés qu’ailleurs. De manière générale, la majorité des critères socio-économiques y sont dégradés. »

 

De quelle manière le Département choisit les projets qui seront financés ou accompagnés ?

 

Olwen Dénès : « Il y a deux types de financements, principalement à destination des associations et structures de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire). Il y a des appels à projets annuels dans chaque territoire ouvert à tout type de porteurs de projets qui sont en lien avec nos objectifs. Nous conventionnons également de manière pluriannuelle pour des missions de long terme, avec des structures comme  Breizh Insertion Sport  par exemple, qui conduit une mission d’animation présence de rue dans les quartiers rennais. Leurs éducateurs socio-sportifs vont sont au quotidien en lien avec les jeunes des quartiers et les aident entres autres à travailler sur leur insertion sociale et professionnelle. Autre exemple : le Département, avec la ville de Rennes et l’Etat, soutient avec la structure Optima pour des actions de médiation à l’école et dans les collèges.

 

Les projets accompagnés peuvent être culturels, sportifs, en rapport avec la petite enfance, l’alimentation, le cadre de vie, l’insertion… tant qu’ils rentrent dans les objectifs nationaux et locaux de la politique de la ville. Il y a des quartiers où il n’y a plus de commerces, où les gens sont confrontés à des difficultés d’accès aux droits, de logement, de déplacements. Le Département va continuer à s’investir dans les actions de la politique de la ville. Mais ça ne pas se faire sans les habitants des quartiers. Il faut largement renouveler la participation de toutes et tous, car la politique de la ville est encore trop perçue comme trop technocratique. Pour moi, ce sont les habitants eux-mêmes qui sont les mieux placés pour savoir ce qui est bénéfique à leur quartier. »

 

Le Département co-finance également des opérations de rénovation urbaine ?

 

Olwen Dénès : « Oui, le Département alloue également des crédits d’investissement aux projets de renouvellement urbain sur ces quartiers pour accompagner les projets portés par les intercommunalités et l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine).

Pour rénover, réhabiliter, construire des logements et équipements publics au Blosne, à Maurepas, à Villejean à Rennes et au quartier de la Découverte à Saint-Malo, plus de 21 millions d’euros ont été débloqués par le Département depuis 2017", Olwen Dénès.

Parmi les projets co-financés, il y a plusieurs centaines de logements mais aussi le conservatoire au Blosne ou l’antenne des Beaux-Arts à Maurepas. Ces quartiers sont vivants et se transforment ! Si la situation est parfois difficile, il s’en dégage une énergie forte. C'est aussi dans ces territoires que l’on innove le plus en termes de politique publique et d’action sociale. Comme partout en Ille-et-Vilaine, l’objectif du Département est de permettre à chacun et chacune de s’épanouir, de vivre dans de bonnes conditions, de retrouver la maitrise sur sa vie, et la politique de la ville y contribue. »

 

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Crédit photo : Jérôme Sevrette

Contenu : Gwen Cohignac - Département d'Ille-et-Vilaine

Tir à l'arc, jeux en bois, sarbacane... les associations ont proposé de nombreuses activités gratuites et ouvertes à tous.

Nicolas le Guernic, gérant de l'association Sports évasion.

Olwen Dénès, conseiller départemental délégué à la politique de la Ville.