
La Loisance à l'heure de la rennaissance
À Maen Roch, la Loisance a retrouvé son lit originel grâce à d’importants travaux de restauration co-financés par le Département.

Remodelée dans les années 70 pour faciliter l’exploitation agricole, la rivière et ses deux affluents - la Chesnardière et le Sévinais dessinent à nouveaux de sinueux méandres, bénéfiques à la biodiversité.
Les conséquences du "remembrement"
« En Ille-et-Vilaine, 90% des cours d’eau ont vu passer la pelleteuse à un moment donné », explique Nicolas Sourdin, technicien rivière au syndicat mixte Loisance-Minette, maître d’ouvrage de ce chantier de restauration.



À partir des années 60, le « remembrement » vise à regrouper des parcelles pour optimiser les surfaces agricoles. De vastes travaux hydrauliques sont menés pour dévier les cours d’eau de leur trajectoire.
« Sur la Loisance, les rectifications du cours d’eau ont été opérées en 1976 avec des actions de curage et de drainage des parcelles afin d’accélérer l’écoulement de l’eau. Aujourd’hui, on défait ce qui a été fait à l’époque… », explique Sébastien Cheruy, chargé de mission ingénierie en milieux aquatiques. La restauration du cours d'eau vise aussi à ralentir le cycle de l'eau
« En Ille-et-Vilaine, 90% des cours d’eau ont vu passer la pelleteuse à un moment donné »,
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Début des travaux 2024 sur la Loisance.
Renouer avec les courbes originelles
Sur plus de 2 kilomètres, la Loisance et ses affluents ont renoué avec leurs courbes historiques. Le tracé a été établi grâce à des photos et cartographies de 1947 et un vrai travail d’enquête sur site. « En fonction de la végétation qui pousse à tel ou tel endroit, et de la présence de sable, on devine l’ancien passage du cours d’eau », précise Simon Abel, technicien rivière au syndicat mixte.
Grâce à un travail d'enquête cartographique, les techniciens ont pu redesinner l'ancien tracé.
En rouge le tracé "artificiel" imposé au moment du remembrement, en bleu le tracé originel de la rivière et de ses affluents. (Crédit : Syndicat mixte Loisance-Minette) :
Plusieurs mois de travaux ont été nécessaires à Agrioservices pour remettre la rivière dans son lit. « Il s’agit de l’un des plus importants chantiers de restauration de cours d’eau en Ille-et-Vilaine », précise Sébastien Chéruy, intervenu en appui technique auprès du syndicat mixte.
Coût global : 190 000 euros avec un financement à hauteur de 30% du Département, 50% par l’Agence de l’eau Loire Bretagne et 20% par le syndicat mixte.
Retour gagnant pour la biodiversité
La rivière a retrouvé sa morphologie d’antan : 600 mètres de plus, mais aussi une profondeur et une hauteur de berges facilitant les débordements.
« En sortant de son lit, la rivière va favoriser la création de zones humides et la connexion aux nappes phréatiques », ajoute Nicolas Sourdin. Le ralentissement du cycle de l’eau facilite le stockage de l’eau dans les sols et permet de maintenir les réserves d’eau en période plus sèche.
Anguilles, truites de mer, saumons, lamproies marines, loches … « Les méandres créent différentes vitesses d’écoulement, propices à la colonisation d’une plus grande diversité d’espèces, plus adaptées au milieu », ajoute Sébastien Chéruy. « Le fond du cours d’eau est aussi déplacé, ce qui fait que la vie microbienne se réactive très rapidement », poursuit Nicolas Sourdin.
A gauche une anguille, à droite une lamproie marine (photos DR)
Le rôle du Département dans la préservation de la ressource en eau
Avec 97% de masses d'eau en mauvais état, la question de l'eau est préoccupante et stratégique pour la préservation de la biodiversité en Ille-et-Vilaine. Combinés aux effets des pollutions diffuses d'origine agricole, les remaniements opérés sur les cours d'eau ont également un impact sur la présence de poissons et de micro-faune, détériorant la qualité écologique des cours d'eau. Ces modifications participent à accélérer l'évacuation de l'eau vers l'aval et contribuer à diminuer la quantité d'eau disponible en été, une raréfaction accentuée par les effets du changement climatique.
Dans ce contexte, le Département s'engage à accompagner les territoires en apportant des financements, en déployant un appui en ingénierie et en participant à la gouvernance de l'eau au sein de l'Etablissement public territorial de bassin Eaux et Vilaine, de l’Assemblée bretonne de l’eau et de la Conférence Bretillienne de l'Eau.