
Programme SHERPA
Conception d'un suivi harmonisé et participatif de la pêche professionnelle - Aire maritime adjacente du Parc national de Port-Cros
Auteurs : Laurence LE DIREACH (1) , Dominique PELLETIER (2) , Daniela BANARU (3) , Sarah CORALLO (4) , Antonin LEFEVRE (1) , Gaëlle URVOY (5) , Elodie ROUANET (1) (1) GIS Posidonie ; (2) Ifremer ; (3) MIO Aix-Marseille Université ; (4) INSA Lyon ; (5) Parc national de Port-Cros
Bateau Le Cigalon au Parc national de Port-Cros. (Photo : GIS Posidonie)
En 2014, la pêche artisanale représentait plus de 80% des 42 000 bateaux recensés en Méditerranée. Elle est définie par la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations) comme « la pêche traditionnelle des familles de pêcheurs (par opposition aux sociétés commerciales), nécessitant un faible investissement financier ou énergétique, utilisant des navires de pêche relativement petits (si des bateaux sont utilisés), effectuant des sorties en mer courtes et à proximité des côtes et destinées essentiellement à la consommation locale ».
Cette pratique est intimement liée à la fois à des enjeux locaux socio-économiques et culturels (garanties d'accès aux ressources et aux marchés pour les petits pêcheurs, emplois, ventes des captures en circuit court, attachement des populations à leur territoire, transmission des savoirs de générations en générations) et environnementaux (gestion durable des stocks de poissons et des écosystèmes, recours à des engins passifs non destructeurs).
De plus, la pêche artisanale répond à plusieurs objectifs de développement durable des Nations Unies : consommation et production responsables, mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques, ou encore protection de la vie aquatique.
Photo : GIS Posidonie
Il est donc primordial de mieux connaître l’effort de pêche, les pratiques et les captures, et de mettre en place une gestion adaptée intégrant les pêcheurs, notamment afin d’améliorer l’état des stocks et des milieux, et d'assurer un exercice durable de la pêche professionnelle côtière.
Pancarte située au port du Niel. Photo : GIS Posidonie
Afin d'allier une gestion raisonnée du milieu marin aux activités de pêches durables, le GIS Posidonie a mené le projet SHERPA, dans et aux alentours du Parc national de Port-Cros (Var) (2022-2023). L'objectif du projet ? Mettre en place un suivi harmonisé et participatif de la pêche professionnelle à l’échelle de l’aire maritime adjacente du Parc national de Port-Cros.
Ce programme d'étude s'inscrit à la fois :
- dans la continuité d'un partenariat de plus de 20 ans, entre le GIS Posidonie, le Parc national de Port-Cros (PNPC), et les pêcheurs aux petits métiers du centre du Var ;
- dans la continuité du programme FEAMP- PACHA (Prises accidentelles, captures et habitats essentiels d’espèces d’intérêt halieutique sur le territoire de l’Observatoire du Parc national de Port-Cros - 2019-2021), porté par le GIS Posidonie 2019 ;
- dans le cadre de la mesure 40 du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (présentée plus bas).
Quelques éléments de contexte
Le territoire d'étude
Premier parc marin d'Europe et de France, le Parc national de Port-Cros a été créé en 1963, et couvrait à l'époque l', et le rocher du Rascas.
Madame HENRY , à l'initiative de la création du parc. Source : Photothèque Parc national de Port-Cros
Le Parc intègre par la suite l'île de Porquerolles. Ces deux zones, ainsi que leur frange marine allant jusqu'à 600 m du littoral, constituent actuellement les cœurs du Parc, dans lesquels la pêche de loisir est régulée.
En 2012, le Parc s'est largement agrandi, avec une aire maritime adjacente (AMA) de plus de 120 000 ha, allant de La Garde (ouest) à Ramatuelle (est). La pêche artisanale côtière est autorisée (règlementation générale de la façade méditerranéenne française) seuls le chalutage et la chasse sous-marine sont interdits autour de l’île de Port-Cros.
C'est à l'échelle de cette AMA que le Parc souhaite acquérir des connaissances sur les espèces et habitats, tout en encourageant des pratiques de pêche durable, et la mise en place de mesures de gestion adaptées en concertation avec les pêcheurs professionnels exerçant dans la zone.
Par ailleurs, un suivi de l'effort de pêche et des captures a été mis en place dès 2000 autour de l'île de Port-Cros, constituant l'un des premiers suivis en Méditerranée française :
1999
Première charte rédigée entre le Parc et les pêcheurs professionnels, créant un cadre à l'exercice de la pêche, sur la base de règlements prud'homaux. Cette charte fait chaque année l'objet de révisions, en concertation avec les professionnels.
2000
Mise en place d'un agenda de pêche, permettant aux pêcheurs de référencer la localisation, le type d'engin de pêche utilisé, les captures réalisées, dans les eaux de Port-Cros.
2003
Début des embarquements scientifiques à bord des bateaux des patrons pêcheurs signataires de la charte ; ces suivis deviennent régulièrement reproduits à partir de 2015 ↓
2003-2013
Les agents du parc débutent l'évaluation de l’effort de pêche, en relevant l’emplacement des engins de pêche observés à différentes saisons. ↓
2015-2018
Création de l' Observatoire de la Biodiversité du Parc, outil d'aide à la décision et à la gestion des territoires marins suivis à l'échelle du nouveau Parc. Il permet l'acquisition d'informations concernant les espèces, leur cycle de vie et toutes données pouvant guider la gestion des ressources et la conservation de la biodiversité.
2019-2021
Programme FEAMP PACHA : état des lieux des connaissances, caractérisation des espèces cibles de la pêche artisanale sur le territoire de l'AMA (travail ciblé sur le rouget de roche : pesée et mesure des captures, indice de condition, sexe-ratio, taille de maturité sexuelle). Le choix de cette espèce a été fait avec les pêcheurs, lors de la première réunion de démarrage ↓
Depuis 2022
Programme FEAMP SHERPA : réflexion et concertation quant à la mise en place d'un suivi utile et adapté à l'échelle de l'AMA et aux pratiques. Comparaison des outils de suivi, amélioration à apporter aux outils existants, conception d'un tableau de métriques.
Financements du projet SHERPA
Le programme SHERPA a bénéficié d'un financement du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche ( FEAMP ), dans le cadre de la mesure 40 : Protection et restauration de la biodiversité des écosystèmes marins dans le cadre d’activités de pêche durable, et de la sous-mesure volet 1 : Amélioration des connaissances scientifiques sur les zones fonctionnelles halieutiques.
Les partenaires du projet SHERPA : des acteurs variés
De nombreux acteurs contribuent à la bonne réalisation des missions. Piloté et coordonné par le GIS Posidonie, le programme mobilise notamment les agents du Parc national de Port-Cros, Dominique Pelletier (Ifremer), Daniela Banaru (MIO), les prud'homies de Toulon section de Giens et section de Porquerolles, et du Lavandou, le syndicat des patrons pêcheurs de Cavalaire-sur-Mer. La pêche artisanale côtière sur le territoire de l'AMA concerne 3 prud'homies et 2 associations de pêcheurs, soit environ 40 professionnels, dont beaucoup ont participé au projet (embarquements, fourniture d'échantillons de poissons, échanges d'informations sur la pêche et les captures, présence aux réunions).
Photos : GIS Posidonie
Objectifs et méthodologie
Le programme SHERPA avait pour objectif de mettre en place un suivi concerté avec les pêcheurs professionnels à l’échelle de l’AMA et de contribuer à une gestion tenant mieux compte du cycle de vie des espèces.
Crédits photo : A. Lefevre, GIS Posidonie
Trois axes de recherche ont ainsi été définis :
- Concevoir un suivi de la pêche professionnelle et des espèces cibles, à long terme et à l'échelle de l'AMA. Réalisé en concertation avec les pêcheurs, ce suivi répond également à leurs attentes en matière de suivi de la gestion.
- Poursuivre l'acquisition de données précises sur les captures et pêches accessoires des principales espèces cibles de la zone, ainsi que les connaissances sur leurs traits de vie (= périodes et zones de reproduction) et leur biologie. Concrètement, cet axe aide à définir les zones fonctionnelles halieutiques* du territoire du PNPC.
- Accompagner les échanges et réflexions entre pêcheurs et Parc quant à la mise en place d'une gestion harmonisée et concertée à l'échelle de l'AMA.
* Zone présentant un intérêt pour la reproduction, la croissance ou l'alimentation d'une ressource halieutique.
Pour répondre à ces objectifs, plusieurs actions ont été identifiées, desquelles découlent divers types de résultats :
Source : GIS Posidonie
Que signifie "réaliser un suivi des pêches" ?
Réaliser un suivi de pêche permet de mieux comprendre et caractériser les dynamiques spatio-temporelles des activités. La diversité des pratiques de la pêche artisanale côtière en Méditerranée rend complexe l'acquisition de connaissances. Le suivi des pêches s'inscrit dans un temps long (plusieurs années), afin de rendre compte de l'état des ressources et des pressions qui s'exercent sur le milieu.
Quelques termes de vocabulaire
Effort de pêche : Unité de mesure de l'activité de pêche dans un secteur maritime donné. Cette unité de mesure prend en compte le temps de pêche, le nombre de navires, leur puissance, les engins utilisés et leur efficacité.
Engin de pêche : Ensemble de matériels utilisé à bord d’un navire spécifique (mis en œuvre par un savoir-faire), qui a pour fonction l’exploitation d’une ressource marine.
Métier de pêche : Combinaison d’un engin de pêche (le métier du chalut, le métier du casier, etc.), d’un savoir-faire, d’une espèce cible, et d’une zone de pêche.
Photo : GIS Posidonie
1. Embarquements saisonniers
Deux séries de 24 embarquements ont été effectuées, afin de compléter les séries de données déjà existantes. De nouvelles données ont pu être collectées sur les métiers d'hiver et ceux jusqu'alors moins bien échantillonnés, ainsi que sur les cibles de la pêche au filet ou à la palangre à des saisons différentes et complémentaires des échantillonnages déjà réalisés dans la zone d’étude, principalement des données de taille par espèce et relatives aux pêches accessoires.
Les embarquements ont eu lieu avec des pêcheurs volontaires, fileyeurs et palangriers, pratiquant la pêche dans 5 sites de la zone d’étude : Giens, Hyères, Porquerolles, Port-Cros et Le Levant et si possible Le Lavandou et Cavalaire, afin de disposer de données représentatives du territoire du Parc. Au-delà de la collecte de données sur les captures, les engins, les pratiques, les prises accessoires et les traits de vie des espèces, il s'agissait également de compléter la connaissance des zones fonctionnelles à l’échelle du territoire, et d’échanger sur le contexte de la pêche et la gestion dans la zone d’étude.
Les pêcheurs aux petits métiers ont été suivis durant leurs journées de pêche habituelles, les sorties allant d'une demi-journée à une journée complète. Les caractéristiques des engins ont été notées (type, maille et longueur des filets, espèce ciblée par métier), ainsi que les calées et levées d’engins.
La campagne 2022-2023 a permis d'échantillonner plus de 200 engins (161 filets, 52 palangres, 3 nasses à murènes, lignes à poissons), et ce sur l'ensemble de la zone (cœur de Parc/AMA). Un effort particulier a été porté sur l’échantillonnage des palangres, sur le métier de la dorade et sur les pêcheurs de Cavalaire, qui avaient jusqu'alors été moins échantillonnés.
Nasse à murène. Photo : GIS Posidonie
A bord, les captures sont identifiées, mesurées et pesées, pour ensuite être déclinées en données d’abondance, de taille (longueur standard et longueur totale) et de biomasse par espèce. Les pêches accessoires et les motifs de non-commercialisation sont également recensés.
À partir de ces données de base, des métriques peuvent être calculées, telles que l'occurrence des espèces dans les captures, la richesse spécifique des captures et les rendements (global, par espèce, groupes d’espèces, métier, type d’engin, catégorie de mailles ou d'hameçons).
D'autres données qualitatives sont relevées concernant les traits de vie des espèces marines côtières : zones de passage d'espèces migratrices, présence d'espèces rares, disparition d'autres espèces auparavant fréquentes, ou encore évolution des captures “de mémoire de pêcheur”.
2. Collecte d'informations sur les espèces cibles de la zone
Caractéristique des fonds côtiers méditerranéens, la rascasse brune Scorpaena porcus est une espèce commerciale, l'une des plus importante le long de la côte méditerranéenne française. Fréquentant les zones rocheuses et les herbiers posidonies, la rascasse représente suivant la saison 18 à 35 % de la biomasse totale de poissons ; elle occupe une part importante parmi les espèces principalement débarquées dans le Var.
Scorpaena porcus
La rascasse constitue un bon indicateur concernant l'impact des prélèvements de la pêche.
Selon les métiers, la pêche peut cibler des individus juvéniles ou de plus grande taille. Ainsi, une pêche intensive peut mener à des changements dans la démographie et la composition des communautés.
À titre d'exemple, cela peut provoquer des modifications dans le sexe-ratio*, la taille moyenne, la reproduction, la taille et le nombre d'œufs des individus. Les répercussions peuvent également se manifester de façon plus globale, sur le fonctionnement de la chaîne trophique (= chaîne alimentaire) des écosystèmes.
*Proportions relatives entre individus mâles et femelles au sein d'une population.
En effet, dans des conditions idéales, un individu atteindrait une taille optimale, présenterait des réserves énergétiques plus grandes favorisant sa survie face à des perturbations environnementales, et un fort potentiel reproducteur (grand nombre d'œufs, de bonne qualité).
Évaluer les indices de conditions de cette espèce permet de déterminer la "condition" ou "l'engraissement" du poisson, traduisant l'état du milieu. Par ailleurs, cet indicateur permet de mettre en lumière des différences potentielles dans les conditions des rascasses, suivant le statut de protection des zones échantillonnées (cœur de Parc/AMA).
Réaliser des modèles et des scénarios de gestion durable des milieux et espèces ciblées par la pêche nécessite donc d'acquérir ces données biologiques.
Concernant la rascasse, plusieurs données ont été sélectionnées :
- des mesures morphométriques (longueur, masse, indice de condition corporelle relative)
- des données sur la reproduction (masse et stades de développement des organes reproducteurs (= gonades), indice gonado-somatique, nombre et taille des œufs)
- des données sur l'alimentation
Photo : GIS Posidonie
Parmi les paramètres mesurés, plusieurs d'entre eux présentaient des différences significatives, suivant l'échelle spatiale (zones aux statuts de protection différents, stations localisées à divers endroits), temporelle (variations inter- et intra-annuelles), ou les caractéristiques biologiques de l'individu :
Paramètres | Relation taille-poids | Condition corporelle | Stade de maturité sexuelle & masse de gonades | Nombre d'œufs Taille des œufs |
---|---|---|---|---|
Variations | Annuelle : légère variation d'une année à l'autre | Suivant les stations : Meilleure pour les individus pêchés à Porquerolles, Cap Bénat et au Levant | Suivant la longueur : Plus un individu est grand, plus son stade de maturité est avancé | Suivant la longueur & le mois : Plus d'œufs observés au mois de juin (début de la période de reproduction) Suivant le statut de protection : Taille des œufs significativement plus grande en cœur de Parc |
Note : Les autres paramètres biologiques (tels que la longueur) analysés pour la rascasse brune dans ce travail n’étaient pas différents entre le cœur du Parc et l’AMA.
Les individus présents sur le site de Porquerolles semblaient être plus avancés dans leur cycle de reproduction par rapport aux autres sites ; ceci pourrait être lié à leur meilleure condition corporelle relative et leur capacité d’investir davantage d’énergie pour la reproduction. En cœur de Parc, la taille plus grande des œufs suggère que les larves seront plus grandes et auraient donc de meilleures chances de survie. => La protection renforcée dans le cœur du Parc pourrait donc contribuer à améliorer le potentiel reproducteur de S. porcus.
Pour mieux comprendre l’influence des réglementations liées à la pêche, cette étude pourrait être élargie à l'ensemble du Var, entre le territoire du PNPC et les zones avoisinantes elles-mêmes soumises aux réglementations générales.
Crédits photo : GIS Posidonie
3. Analyse des carnets et des fiches de pêche
Avant de proposer un suivi scientifique à l'échelle de l'AMA, une analyse critique des outils de collecte des données existants s'avérait nécessaire.
Les pêcheurs professionnels doivent déclarer leurs captures faites autour de l'île de Port-Cros (depuis 2000), ainsi que celles autour de l'île de Porquerolles (depuis 2019).
A partir de cela, le GIS Posidonie rédige un rapport synthétique annuel (2000 à 2018) et bisannuel (depuis 2018), reprenant l’ensemble des données depuis le début du suivi. Cette restitution auprès des pêcheurs et du parc permet alors de mettre en lumière les tendances évolutives de l’estimation des captures et d'en déduire l’effort de pêche (nombre de pêcheurs ayant pêché dans la zone, capture totale par année, CPUE* pour les principales espèces cibles). Par ailleurs, la synthèse des commentaires concernant la ressource ou le contexte de la pêche nourrit les échanges et les discussions quant à la pratique de la pêche artisanale et la gestion en cœur de parc.
Crédits photo : GIS Posidonie
Actuellement, ces données déclaratives des pêcheurs existent actuellement sous deux formes :
- les carnets de pêche (ou agendas) à échelle locale et collectés par le Parc ;
- les fiches de pêche, instaurées depuis 2021. Obligatoires à échelle nationale et collectées par la Direction des pêches maritimes et de l’aquaculture (DPMA), elles alimentent le Système d’Information Halieutique (SIH) de l’Ifremer.
*Capture par unité d'effort (nombre total d'individus ou biomasse de capture par un engin, ramené à une unité standard de longueur (filet) ou à un nombre d'hameçons (palangre). C'est un rendement qui peut aussi tenir compte de la durée de pêche, donc de l'effort).
Pour un suivi élargi à l'échelle de l'AMA, deux méthodes sont envisageables : la première à partir d'une extraction des données du SIH, la seconde basée sur des embarquements.
Crédits : S. Corallo
Toutefois, ces données déclaratives pour les cœurs de Parc, présentées sous 2 formats différents (agendas et fiches), fournissent des informations de nature et de précision différentes. Cette modification remet ainsi en question la longue série acquise de 2000 à 2020 ; dès lors, deux problématiques se posent :
À l'échelle des cœurs de parc : Comment peut-on poursuivre le suivi de la pêche artisanale malgré le changement d’outil déclaratif ?
À l'échelle de l'AMA : Quel suivi de la pêche peut-on mettre en place à partir des données collectées par l’extraction du SIH et par les embarquements ?
À l'échelle des cœurs de parc
Le suivi doit ainsi se poursuivre avec une adaptation des outils existants, et en incluant certaines nouveautés, qui permettent de prendre en compte les liens engins-captures et métiers-captures.
Dénombrements : ⚬ des navires ⚬ des pêcheurs ⚬ des opérations de pêche ⚬ des métiers Typologies : ⚬ des pêcheurs ⚬ des engins Rendements : ⚬ par groupe d’engins - avec (ou sans) répartition des espèces dans des catégories - avec (ou sans) la typologie des pêcheurs ⚬ par métier Diversité des captures : ⚬ par métier Taux de capture des espèces cibles : ⚬ par métier
À l'échelle des cœurs de parc
Trois points majeurs ont résulté des discussions :
Actuellement, seules les principales espèces cibles sont précisément renseignées : (la biomasse totale par engin est peu fiable, et la diversité réelle des espèces par métier reste inconnue). Impossibilité de poursuivre le suivi des captures accidentelles* Impossibilité de calculer certains rendement * organismes pêchés non commercialisables
À l'échelle de l'AMA :
Le choix et l'élaboration des métriques constitue une étape nécessaire à la mise en place d'un suivi harmonisé à l'échelle de l'AMA.
Une métrique peut être définie comme un indicateur de l’état actuel et la dynamique de l’activité de la pêche dans l’AMA du PNPC. Il s'agit d'un outil statistique de gestion des ressources marines, qui s'établit en fonction des données de pêche récoltées.
À l'échelle de l'AMA :
Etapes :
⚬ Etat de l’art des méthodologies de suivi de la pêche artisanale ⚬ Identification des données disponibles ⚬ Discussion et travail collaboratif avec des experts en halieutique et les pêcheurs ⚬ Création de jeux de données primaires
Note : cliquez sur l'image pour l'agrandir
Puis, par groupe de métriques : ⚬ Importation et transformation des jeux de données ⚬ Calcul des métriques ⚬ Extrapolation ⚬ Représentation visuelle
À l'échelle de l'AMA :
Finalement, deux points spécifiques ont pu être mis en exergue durant les discussions :
La quantité de données sur les embarquements (pour chaque saison de chaque année par métier) demeure insuffisante.
Les données du SIH sont insuffisantes pour comprendre les pratiques et les captures sont évaluées à partir de données déclaratives estimés peu fiables par les pêcheurs eux-mêmes. De plus, les rendements sont exprimés dans une autre unité et s'avèrent non-révélateurs de l'effort de pêche par métier.
Source : S. Corallo
Conclusion
À l'issue du projet SHERPA, cinq points de discussion ont pu être mis en lumière ; ils constituent des axes de réflexion pour tenter d'améliorer les collectes de données déjà mises en place, et de démarrer le suivi à l'échelle de l'AMA.
1. S’engager sur une approche écosystémique de la gestion
Les AMP ont donc un rôle à jouer dans la gestion durable de la pêche. La pêche, mais aussi le changement climatique, peuvent en effet induire des changements intra-spécifiques (au sein d'une même espèce) et inter-spécifiques (entre espèces).
L’approche écosystémique des pêches est un concept reposant sur le fait que l’impact de la pêche ne se limite pas aux seules espèces cibles, mais se répercute, au travers des relations prédateurs–proies, sur l’ensemble de l’écosystème. Elle permet d'aborder l’impact de la pêche sur le fonctionnement des assemblages de poissons, par la modélisation du fonctionnement trophique des écosystèmes.
Ce type d’analyse expose aussi comment l’évolution induite par la pêche peut façonner la structure des communautés. Prendre en compte les traits de vie d’assemblages de poissons demeure en effet un véritable challenge dans les pêcheries multi-spécifiques.
2. Lutter contre le braconnage et la pêche illégale
Protéger les habitats et les espèces nécessite l'application des réglementations concernant la pêche et l'interdiction et toutes les formes de pêche illégale et de braconnage. Le niveau d’infractions observé en zone ressource de Porquerolles est plus élevé que dans les eaux en cœurs de Parc, où l’effet réserve s’exprime pleinement. Les moyens limités du Parc laissent la place à un braconnage résiduel qui compromet certainement l’émergence de l’effet réserve, déjà observé en cœurs de Parc. Les prélèvements faits lors de pêcheries illégales sont en effet loin d'être négligeables.
Le renforcement de la surveillance et la lutte contre le braconnage constituent donc une problématique clé. Trois groupes d’usagers (pêcheurs professionnels, pêcheurs de loisirs et plongeurs) s’entendent ainsi autour de cet objectif commun. L’implication des usagers dans la concertation jusqu’à la prise de décision s'avère indispensable pour un meilleur respect et une meilleure compréhension des mesures établies.
La mise en place de gardes jurés pourrait finalement palier ce problème.
3. Connaitre les pratiques et évaluer les captures de la pêche de loisir
Tandis que le nombre de navires de pêche artisanale diminue, celui du nombre de pêcheurs de loisir, lui, augmente. La pêche de loisir cible les mêmes espèces que la pêche professionnelle et prélève donc dans les mêmes stocks que la pêche aux petits métiers.
Il devient donc nécessaire d'étudier la pêche de loisir (nombre d'usagers, provenance, pratiques, captures), à l’échelle du Parc. On estime en effet que dans les AMP, une centaine d'espèces marines côtières sont concernées.
Si le Parc a mis en place un site de déclaration des captures de la pêche de loisir autour de Porquerolles, les informations recueillies sont encore trop peu nombreuses.
Une application pour smartphone est actuellement testée par l'Ifremer et la DIRM (CATCH MACHINE), et mise en place dans plusieurs AMP méditerranéenne (Golfe du Lion, PN Calanques). Elle propose aux pêcheurs de loisir de transmettre leurs données de captures au PNPC ; ces données pourraient ensuite être croisées à des évaluations de fréquentation et de captures. De plus, il importe de sensibiliser et d'impliquer les pêcheurs de loisir dans la démarche pour que leurs restitutions de données soient meilleures. L’outil "carnet de pêche en ligne" permet de disposer d’informations beaucoup plus fiables ; cependant son usage n’est pas encore généralisé, surtout chez les usagers les moins jeunes.
Gestionnaires comme usagers bénéficieraient de ces données qui manquent actuellement pour développer une réflexion commune et de nouveaux outils pertinents.