Portraits de militants pour les droits humains et la paix
Ce parcours est composé de 14 étapes (environ 3,1 km). Départ au 9 esplanade Édouard Glissant.
« La mémoire est nécessaire pour construire l’avenir. On n’a jamais rien bâti sur l’oubli et le silence. » Boubacar Joseph Ndiaye, Conservateur de la Maison des esclaves de Gorée
Dans le cadre de sa politique de dénomination des rues, la Ville de Nantes rend hommage aux personnalités françaises et étrangères ayant œuvré pour la paix, les droits humains et contre toutes les formes de discrimination. Ce parcours vous propose une déambulation au fil des rues du quartier de la Prairie-au-Duc à la rencontre de ces femmes et de ces hommes français, américains, sud-africains et sénégalais qui ont dédié leur vie à ces causes nobles.
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École Aimé Césaire (1913-2008)
Écrivain, homme politique Né en Martinique, Aimé Césaire fréquente le lycée de Fort-de-France avant d’effectuer une classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand à Paris. Au contact d’étudiants venus d’Afrique et des Antilles, il fonde avec Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas L’Étudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’émerge le concept de négritude qui le suivra tout au long de sa vie et qu’il définit ainsi : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d'être noir, et l'acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture. » Agrégé de lettres, il devient professeur à Fort-de-France. À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, Aimé Césaire est élu député et maire de Fort-de-France. Engagé en faveur de la départementalisation de la Martinique et des anciennes colonies, il occupe ces fonctions respectivement jusqu’en 1993 et 2001. Écrivain prolifique, sa pensée antiraciste et anticolonialiste marquera autant son œuvre politique que littéraire.
Esplanade Edouard Glissant (1928-2011)
Écrivain, philosophe Penseur à l’origine des concepts de Créolisation et d’Antillanité, Édouard Glissant est né en Martinique en 1928. Brillant élève, il rentre au lycée Schoelcher de Fort-de-France où enseigne Aimé Césaire. En 1946, il part étudier à Paris. Diplômé de philosophie et d’ethnologie, il revient en Martinique et reçoit en 1958 le Prix Renaudot pour son premier roman, La Lézarde. En 1961, il fonde avec Albert Béville le Front antillo-guyanais qui milite pour la décolonisation des Antilles et de la Guyane françaises. Le Front est cependant dissolu quelques mois plus tard par décret. Arrêté et assigné à résidence en Métropole, il retourne en Martinique en 1965 où il poursuit ses travaux littéraires et crée l’Institut Martiniquais d’Études. De 1981 à 1988, il est directeur du Courrier de l’Unesco puis devient professeur au sein des universités de Louisiane et de New York. En 2006, il travaille à la demande de Jacques Chirac à la création d’un centre national dédié à la Traite et à l'esclavage qui ne verra pas le jour. La même année, il fonde l’Institut du Tout-monde dédié à la diffusion de la mémoire autour de l’esclavage.
Rue Magdeleine
Magdeleine est le nom de la femme représentée sur le tableau Portrait d’une femme noire, Madeleine, peint par Marie-Guillemine Benoist et exposé pour la première fois en 1800. Le sujet choisi pour ce portrait le distingue des œuvres de son époque : Magdeleine était une ancienne esclave employée par un couple de colons de Guadeloupe. Lors d’un de leur séjour sur le continent, l’artiste entreprend de réaliser ce portrait de la domestique. L’anneau d’or, signe de servitude, la poitrine apparente rappelant les représentations d’esclaves venus d’Afrique dans l’art et le fichu blanc sont autant d’éléments qui indiquent la condition de Magdeleine. Si l’on ignore quelles étaient les intentions de la peintre au moment de sa réalisation, cette œuvre fait écho à la première abolition de l’esclavage en France de 1794.
Rue Nadine Gordimer (1923-2014)
Écrivaine, militante antiapartheid Née en 1923, Nadine Gordimer grandit dans un quartier aisé de Springs, ville située à l’est de Johannesburg. Dès son plus jeune âge, elle se met à écrire et publie sa première nouvelle dans une revue locale à 15 ans. Autrice de quinze romans et de nombreux essais, critiques et nouvelles, elle obtient le prix Nobel de littérature en 1991. Engagée dans une lutte farouche contre l’apartheid, elle voit certaines de ses œuvres interdites pour ses prises de position par le régime de Pretoria. En 1990, elle devient membre du Congrès national africain (ANC), parti politique antiapartheid dont fait partie Nelson Mandela et qui accède au pouvoir en 1994.
Allée Lucy Stone (1818-1893)
Féministe, abolitionniste Lucy Stone est née en 1818 dans le Massachusetts. À 16 ans, elle commence à travailler en tant que professeure afin d’entrer à l’Université, à une époque où l’éducation des femmes est empêchée. Diplômée en 1847 de l’Université d’Oberlin, elle est engagée à l'American Anti-Slavery Society pour laquelle elle rédige et prononce des discours contre l’esclavage, devenant l’une des premières Américaines à prendre la parole en public. En parallèle, elle s’engage pour les droits des femmes et participe à l’organisation en 1850 de la première Convention annuelle sur les droits des femmes. Le discours qu’elle prononce à cette occasion est publié dans la presse internationale et elle entame un tour des États-Unis et du Canada pour diffuser ses idées. Lors de son mariage en 1855 avec Henry Blackwell, elle choisit de conserver son nom de jeune fille. À l’issue de la Guerre Civile, elle se mobilise pour le vote des femmes dans diverses organisations, figurant parmi les créateurs de l’Association américaine pour le suffrage des femmes (AWSA) et de sa revue, le Journal des femmes.
Allée Miriam Makeba (1932-2008)
Chanteuse, militante antiapartheid La chanteuse et militante Miriam Makeba voit le jour en 1932 dans un township, quartier pauvre réservé aux non-Blancs de Johannesburg. Élevée par sa grand-mère, elle devient mère à 17 ans et entame sa carrière de chanteuse. Engagée contre l’apartheid, elle participe au Festival de Venise en août 1959 pour y présenter Come back Africa, un film anti-apartheid dans lequel elle interprète deux chansons. Cet événement marque le début de longues années d’exil pendant lesquels elle poursuit sa carrière d’artiste et son combat contre la ségrégation raciale et pour l’émancipation de l’Afrique et le panafricanisme. En 1963 et 1971, elle prend la parole à la tribune des Nations Unies pour faire entendre ses luttes. Elle est la première artiste africaine à connaître le succès aussi bien sur son continent d’origine que dans les pays occidentaux en chantant en zoulou, en sotho, en xhosa. Ce n’est qu’en 1994, une fois l’apartheid aboli, qu’elle rentre en Afrique du Sud.
Rue Ruth First (1925-1982)
Chercheuse, militante antiapartheid Née en 1925, Ruth First grandit à Johannesburg dans une famille dont les parents participèrent à la fondation du Parti Communiste d’Afrique du Sud. Diplômée de l’Université de Witwaterstrand en 1946, elle devient journaliste d’investigation et s’intéresse aux conditions de travail et de vie des plus démunis. Militante communiste, elle fait partie des fondateurs du Congrès sud-africain des Démocrates (COD) qui lutte aux côtés du Congrès national africain (ANC) contre l’apartheid. Tout comme Mandela et d’autres opposants au régime, elle est arrêtée en 1963 mais échappe à la condamnation à la prison à vie. Libérée après 117 jours de détention, elle fuit avec sa famille à Londres où elle poursuit son engagement contre l’apartheid à travers ses écrits. En 1977, elle est nommée professeure au Centre d’études africaines de l’Université de Maputo au Mozambique. En 1982, elle meurt assassinée suite à l’ouverture d’un colis piégé envoyé par les services secrets sud-africains.
Allée Susan Brownell Anthony (1820-1906)
Féministe, abolitionniste Susan voit le jour en 1820. À partir de 1845, la ferme familiale de Rochester devient un lieu de rassemblement pour les militants anti-esclavage. Ses rencontres conduisent Susan Anthony à embrasser la cause abolitionniste. Elle s’engage également pour les droits des femmes et débute en 1854 sa première campagne en faveur du vote des femmes, cause pour laquelle elle se battra toute sa vie aux côtés d’autres militantes comme Elizabeth Cady Stanton. En 1866, elle crée avec Stanton l’Association américaine pour l'égalité des droits qui promeut les droits des femmes et des Noirs. Deux ans plus tard, elles fondent le journal The Revolution qui fait connaître au pays entier leurs combats féministes. En 1888, Susan B. Anthony co-fonde l’Association nationale américaine pour le droit de vote des femmes (NWSA) qu’elle dirige jusqu’en 1900. Ce n’est que quatorze ans après sa mort, en 1920, que le 19e amendement octroyant ce droit aux femmes est ajouté à la Constitution américaine.
Rue Lucrecia Mott (1793-1880)
Féministe, abolitionniste Née en 1793, Lucrecia Mott grandit dans une famille de Quaker. Influencée par ce mouvement religieux prônant l’égalité entre les humains, elle prend conscience de l’horreur du sort des esclaves et devient abolitionniste. Elle participe à la fondation de la Philadelphia Female Anti-Slavery Society et prononce de nombreux discours pour défendre cette cause, malgré les critiques jugeant son comportement inapproprié pour une femme. En 1840, elle assiste à la Convention anti-esclavagiste mondiale de Londres où elle rencontre Elizabeth Cady Stanton. Révoltées de voir qu’elles ne sont pas autorisées à participer à cette conférence en tant qu’intervenantes du fait de leur genre, elles organisent huit ans plus tard la Convention de Seneca Falls, premier événement de son genre consacré aux droits des femmes aux États-Unis. De cette convention naît la Déclaration de sentiments sur les droits des femmes, qui liste 18 demandes concernant le divorce, le droit à la propriété ou encore le vote des femmes.
Rue Maya Angelou (1928-2014)
Écrivaine, poétesse, actrice, militante des droits civiques Surnommée « Maya » par son grand-frère, Marguerite Ann Johnson est élevée principalement par sa grand-mère paternelle. Dès son plus jeune âge, elle écrit et s’intéresse à la poésie. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, elle part vivre chez sa mère et suit des cours de danse et de théâtre à la California Labor School de San Francisco. Diplômée en 1944, elle débute sa carrière d’artiste. Dans les années 1950, elle rejoint la Guilde des auteurs d’Harlem qui promeut la publication d’œuvres d’auteurs noirs et milite pour les droits civiques et la cause des Noirs. En 1969, elle publie sa première autobiographie Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage, dans laquelle elle évoque le racisme et ses traumatismes de jeunesse, dont le viol qu’elle a subi à sept ans. Artiste accomplie et prolifique, elle devient la première afro-américaine dont le scénario est adapté en film en 1972 pour Georgia, Georgia. Ses œuvres littéraire et cinématographiques seront récompensées à de nombreuses reprises. Ainsi, elle reçoit en 2000 la National Medal of Arts des mains du président Clinton.
Allée Boubacar Joseph Ndiaye (1922-2009)
Conservateur de la Maison des esclaves de Gorée Originaire du Sénégal, Boubacar Joseph Ndiaye débute ses études à Gorée, puis apprend le métier de compositeur-typographe dans une école professionnelle de Dakar. Mobilisé en 1943 dans l’armée coloniale française, il participe à la Libération de la France. Il poursuit sa carrière militaire en Afrique du Nord, puis en Indochine. En 1962, il est nommé conservateur de la Maison des esclaves de Gorée par le président sénégalais Léopold Sédar Senghor. Narrateur éloquent, Ndiaye s’emploie à sensibiliser le public aux conditions de vie et de travail des esclaves victimes de la traite négrière. Son discours mêlant habilement paroles, gestes et mises en scène de leurs conditions de détention joua un rôle majeur dans la fabrication de la mémoire liée à l’esclavage et dans la valorisation de cette histoire à l’échelle locale et internationale.
Allée et école Joséphine Baker (1906-1975)
Artiste, militante des droits civiques, résistante Originaire de Saint-Louis, Freda Josephine McDonald se passionne très jeune pour la danse. Après avoir fait ses premiers pas en tant qu’artiste de rue, elle se rend à Broadway, puis quitte les États-Unis pour la France en 1925. À Paris, elle connaît le succès avec le music-hall La Revue Nègre dont elle est la vedette. Adulée du Tout-Paris, elle se lance dans la chanson avec le célèbre titre J’ai deux amours, mon pays et Paris, ainsi que dans le cinéma. En 1937, Joséphine Baker obtient la nationalité française, puis s’engage dans les services secrets de la France Libre pendant la Seconde Guerre mondiale. Son combat pour la liberté et l’égalité entre les hommes se poursuit dans les années 1950 et 1960 lorsqu’elle milite pour les droits civiques. Elle prononce un discours lors de la marche sur Washington organisée par Martin Luther King en 1963, vêtue de son uniforme de résistante. En 2021, la France rend hommage aux engagements et aux talents de Joséphine Baker en la faisant entrer au Panthéon.
Boulevard Gisèle Halimi (1927-2020)
Avocate, féministe Née en 1927 en Tunisie, Gisèle Halimi débute sa carrière d’avocate en 1948 après avoir achevé ses études en France. Engagée dans les luttes décoloniales, elle devient l’avocate de Djamila Boupacha, militante du Front de libération nationale algérien (FLN) torturée et violée par des militaires français pendant la guerre d’Algérie. Féministe, elle signe le manifeste des 343 femmes de Simone de Beauvoir qui réclame le droit à l’avortement et fonde l’association Choisir. Elle prend la défense d’une jeune femme accusée d’avoir avorté illégalement après un viol, puis celle d’un médecin pratiquant des avortements clandestins. Elle participe également à la criminalisation du viol en faisant condamner trois hommes pour l’agression de deux femmes belges. Son combat pour les droits humains se poursuit dans ses écrits et lorsqu’elle devient députée en 1981. Elle prend position contre la peine de mort ainsi que pour la parité en politique et la dépénalisation de l’homosexualité.
Boulevard Simone Veil (1927-2017)
Femme politique Simone Veil née Jacob grandit dans une famille juive de Nice. Pendant l’Occupation, elle réussit son baccalauréat en 1944 avant d’être arrêtée et déportée par les Allemands avec le reste de sa famille. Seules Simone et sa sœur reviennent vivantes des camps de la mort. À son retour en France, elle se marie et poursuit ses études. En 1970, elle devient la première femme à occuper le poste de secrétaire du Conseil supérieur de la magistrature. En 1974, elle fait son entrée au gouvernement comme ministre de la Santé suite à l’élection de Giscard d’Estaing. Elle fait voter la loi légalisant l’avortement l’année suivante. Europhile convaincue que seule l’union maintiendra la paix, Simone Veil est élue première présidente du Parlement européen au suffrage universel en 1979 pour trois ans, puis comme députée jusqu’en 1993. Elle poursuit ensuite sa carrière politique en France comme ministre et membre du Conseil constitutionnel. Présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2000 à 2007, elle est élue à l’Académie française en 2008.