L'expérience européenne de Jose Carlos Mariátegui
(1919-1923)
Passeport de José Carlos Mariátegui
Introduction
En 1919, José Carlos Mariátegui et César Falcón ont fondé le journal La Razón, publication qui a maintenu une attitude critique envers le gouvernement d'Augusto B. Leguía. Les deux intellectuels ont été en conséquence forcés de voyager en Europe, notamment en Italie, en tant qu'agents de propagande du gouvernement péruvien : une subtile manière de les déporter.
Nous vous présentons ci-dessous les épisodes d'un voyage qui durera deux ans et demi environ (1919-1923) et qui sera essentiel pour la formation idéologique et intellectuelle de Mariátegui.
Arrivée en Italie
Lettres d’Italie
Mariátegui rentre à Rome au milieu d’octobre pour travailler, à côté de César Falcón, dans l’organisation du prochain Congrès National du Parti Socialiste Italien, qui aura lieu à Livourne en 1921.
José Carlos Mariátegui dans Via della Scrofa
Au cours de son séjour à Rome, Mariátegui a vécu de près les événements politiques et sociaux de l’époque. Il a participé activement aux réunions de dirigeants et a pu analyser la problématique marxiste et le développement de la civilisation occidentale.
Au début de 1922, José Carlos —en compagnie d’Artemio Ocaña, Pío Artadi et F. Gulda— visite la basilique Saint-Pierre pour assister à l’élection du pape Pie XII.
Mariátegui abordera cet événement dans l’article «Humo blanco, habemus Papam» (Fumée blanche, habemus Papam), publié dans le journal El Tiempo et qui n’a pas encore été retrouvé.
José Carlos Mariátegui, Carrión et Artadi sur la place San Pedro, Rome, 1922.
Itinéraire en Europe
Avant de partir à Gênes, Mariátegui avait entamé des démarches – auprès d’Arturo Osores – pour retourner au Pérou du fait de la réduction des salaires des fonctionnaires diplomatiques effectuée par l’état péruvien. C’est pourquoi Mariátegui a mis fin à son séjour en Italie.
Le temps qu’il a passé dans ce pays fut essentiel pour sa formation en tant que penseur et journaliste. En outre, il étudie de très près l’organisation des mouvements ouvriers, la formations des partis politiques et, surtout, la montée du fascisme.
Retour au Pérou
Les trois années et demie que José Carlos a vécu en Europe lui ont permis d’avoir une meilleure perspective des événements politiques, économiques et sociaux concernant le monde occidental. Dans le numéro 21 d’Amauta, Mariátegui publiera un compte-rendu du livre El pueblo sin Dios (Le peuple sans Dieu) de César Falcón. Il y détaillera son expérience européenne avec ces mots:
Couverture du livre El pueblo sin Dios de César Falcón.
«Nous avions passé ensemble de denses et mouvementés jours d’histoire européenne: ceux de l’occupation de la Ruhr. Le rendez-vous pour cette dernière journée ensemble nous avait réuni à Cologne. L’attraction du drame rhénane, cette attraction du drame, de l’aventure, à laquelle ni lui ni moi n’avions jamais su résister, nous a amené à Essen, où la grève ferroviaire nous a bloqué pendant quelques jours. Nous nous étions donnés sans réserve, jusqu’à la dernière cellule, avec une soif subconsciente d’évasion, à l’Europe, à son existence, à sa tragédie. Et finalement nous y découvrions, surtout, notre propre tragédie, celle du Pérou, celle de l’Amérique hispanique. L’itinéraire en Europe avait été pour nous celui de la meilleure et la plus marquante découverte de l’Amérique».
Son temps en Europe a été pour lui une période d’apprentissage et une nouvelle forme d’analyser les événements politiques et sociaux à partir de l’étude et l’assimilation du marxisme, celui-ci lui étant utile dans le futur pour le développement de ses projets éditoriaux.
Mariátegui retourne au Pérou avec l’idée de fonder une revue et un journal. Bien que ce projet ne se soit matérialisé que quelques années plus tard, il a assumé la direction d’une revue: Claridad. En septembre 1926, il fonde et dirige Amauta (1926-1930), une des revues les plus importantes de l'Amérique latine ; et en 1928, il fonde le bimensuel Labor.
Il est important de souligner que son séjour en Europe l’a aidé à développer un style littéraire caractéristique pour communiquer ses idées, moins rhétorique que celui de sa jeunesse, mais avec une prose élégante et distinctive.
Plaque commémorative placée par la Commune romaine le 5 avril 1995 dans ce qui était la maison de José Carlos Mariátegui dans la Via della Scrofa, Rome, Italie.
La plaque indique: "José Carlos Mariátegui (1894-1930) a vécu dans cette maison de 1920 à 1922. Penseur et essayiste péruvien."