La réhabilitation du bâti ancien : les bases
Focus sur la Chapelle Saint-Jacques à Brec'h
La chapelle Saint-Jacques
Histoire de la chapelle
© Yvon Boelle : Vue depuis la porte donnant sur l'autel et la baie
La chapelle Saint- Jacques de Brec'h fut édifiée en 1464 par Guillaume Le Guénec sur les terres du seigneur Jehan du Garo. Le Guénec aurait commis une exaction contre sa mère, pour laquelle il a été condamné à un pèlerinage à Rome. À son retour et avec la bénédiction de l’évêque de Vannes Yves de Pontsal (1450-1476), il fait construire la chapelle. Elle est dédiée à Saint-Jacques-de-Compostelle, fait assez rare pour la Bretagne à cette période. Elle est inscrite en tant que monument historique depuis 1946. En 2017 débute des programmes de sauvegarde initiés par la commune de Brec’h.
Présente sur les tracés modernes du pèlerinage de St-Jacques de Compostelle, Brec’h est depuis 2018 une “Cité Jacquaire”. Attesté depuis le IXe siècle, ce pèlerinage a de nombreux points de départ partout en Europe et se termine en Galice, Espagne. La commune est mentionnée comme relais sur la “Carte des chemins de Saint-Jacques de Compostelle de 1648”. Bien que cette carte ne date pas de 1648 mais du XX e siècle elle fait partie de plusieurs sources qui depuis les années 50 donnent une place à Brec’h sur ce chemin emblématique. Il est aussi resté dans les mémoires du pays, le souvenir de pèlerins et voyageurs faisant étape à Brec’h.
Brec’h et ses chapelles se trouvent également sur l’itinéraire moderne du Tro Breiz, un pèlerinage catholique breton qui relie les villes des sept saints fondateurs de Bretagne.
Architecture
© Yvon Boelle : Vue d'ensemble de la Chapelle Saint-Jacques.
La chapelle est typique de l’architecture du XV e siècle: elle a été construite selon un plan rectangulaire avec les deux pignons bâtis en pierres de tailles de granite appareillées. La façade est percée d’un portail à décoration flamboyante ornée de deux pilastres, en forme de prisme. Au-dessus de la porte, on trouve une inscription en caractères gothiques portant la date de construction et d’autres informations sur l’édifice. On y reconnaît également des feuilles de choux stylisées et au-dessus, le blason seigneurial ainsi que le blason de l'évêque de Vannes supporté par deux angelots et surmonté d’un larmier. La charpente est en partie d'origine et trois de ses entraits sont sculptés. Le pignon est surmonté d’un clocheton carré rajouté ultérieurement.
D’autres éléments caractéristiques du XV e siècle ont aujourd’hui disparu tel que les bancs intérieurs en pierre. On remarque également la forme des deux rampants qui ne sont pas tout à fait droits et “rebiquent” à leurs extrémités : cela est sans doute la trace de coyaux, des chevrons ajoutés au versant de la toiture pour en adoucir l’angle. Un élément notable qui distingue cette chapelle est le fait que le mur soit posé directement sur la roche, la chapelle étant semi enterrée sur un pan.
Modifications ultérieures
© Yvon Boelle : Baie du chevet de la chapelle et borne jacquaire.
Le clocheton rajouté au XVII e siècle n’est pas la seule modification apportée à l’édifice entre sa construction et sa restauration. En effet, la modification de certains éléments au cours des siècles est fréquente. On note sur cette chapelle l’installation au nord, d’un retable en lambris du chevet, qui n'est plus en place désormais mais qui a conduit à boucher la baie, aujourd’hui rouverte. Le retable était éclairé par une fenêtre à pignon sur la façade nord qui dénote par rapport au style architectural de l’église car percée au XVIII e siècle.
Les fenêtres ont été mutilées et ont perdu leur remplage, des pierres finement taillées en formes géométriques qui font partie de la structure de la fenêtre. Les bancs en pierres du XV e siècle ont disparu au XX e siècle lors de la création d’une dalle en béton. La charpente est d'origine mais a été recouverte de lambris puis réhabilitée en conservant les éléments en bon état. Deux petites statues, une de Saint-Mathurin et l’autre de Saint-Jacques semblent avoir été ajoutées au XVII e siècle également, de même que les niches où elles y étaient conservées.
Clefs de compréhension du bâti ancien
L'appellation "bâti ancien" concernent les constructions antérieur à 1948. Après cette date, l’utilisation du ciment se généralise dans les constructions et marque une rupture avec le passé. En effet, traditionnellement les matériaux employés pour la construction sont la pierre, la terre et le bois issus des ressources locale. Ces bâtiments anciens ne répondant pas aux standards de confort d’aujourd’hui ont très souvent été rénovés avec des matériaux modernes non adaptés, à l'instar du ciment. Ce qui a pour effet d'entraîner des pathologies du bâti et fragilisent par la même occasion la transmission des savoir-faire traditionnels.
Un peu de vocabulaire...
Rénover c’est « remettre à neuf » (Le Petit Robert) : c'est donc faire du neuf, avec du vieux : c'est changer le bâtiment, le transformer et le moderniser sans prendre en compte son caractère patrimonial.
Restaurer c’est « réparer, en respectant l'état primitif, le style » (Le Petit Robert). Cela consiste à conserver tous les éléments authentiques et à reconstituer les parties détruites ou endommagées puis à éliminer les ajouts tardifs incompatibles avec le contexte architectural de base.
Réhabiliter signifie remettre en l’état en apportant du confort. C'est une restauration qui associe le respect de l'architecture initiale, des techniques traditionnelles, des matériaux du pays, avec les contraintes contemporaines qui sont les nôtres, qu'il faut intégrer avec soin et discernement. On distingue ce terme de "restaurer" et "rénover", employés régulièrement comme des synonymes.
Dans une démarche de réhabilitation de la Chapelle Saint-Jacques, la pilerie de place a toute son importance : elle fait partie de ces savoir-faire qui mêlent patrimoines culturels immatériels bretons chantés et dansés avec les savoir-faire du bâti ancien.
Tiez Breiz – Maisons et Paysages de Bretagne vous accompagne à travers cette exposition pour vous apprendre à regarder et comprendre les pathologies du bâti ancien. Découvrez également l'intérêt patrimonial de la chapelle Saint-Jacques et la pratique des pileries de place.
© Collection Tiez Breiz : Corps de ferme en grès dans le village de la Hérissais à Mellé (35), réhabilité dans le respect du bâti ancien.
La pierre
Schéma du fonctionnement d'un mur en pierre
La pierre est un matériau que l’on retrouve dans l’ensemble des édifices anciens. Les pierres utilisées dans les bâtiments d’un territoire sont représentatives de la composition géologique du sol. Qu’elles soient débitées en moellons partiellement équarris ou en pierre de taille, on les retrouve sous la forme de fondation ou soubassement pour les maisons en pan de bois et les édifices en bauge ou tout simplement en murs complets.
Les murs en pierre, par leur nature, permettent à l’eau de circuler par ruissellement ou par capillarité à partir du sol. La migration de l'eau se fait sous forme liquide ou gazeuse à travers les joints et le sol. On parle de perspirance.
Afin de préserver un fonctionnement vertueux des parois, c'est-à-dire de laisser entrer puis sortir l’eau du mur, il est important d’employer un mortier et des joints qui présentent des capacités de résistance et d’absorption d'eau. Les matériaux permettant ce fonctionnement sont la chaux et la la terre, ils peuvent être mélangés avec du sable et des fibres végétales. À l'inverse, les joints non perspirants (imperméable à la vapeur d’eau) à base de ciment ne laissent pas sortir l’eau, perturbant le fonctionnement du mur en lui-même. L’eau entre mais ne ressort pas par le joint et trouve un autre moyen de sortir et passe donc par les pierres car elles sont perméables et poreuses ce qui conduit à leur dégradation.
Les pathologies de la pierre
L’humidité peut être à l’origine de nombreuses pathologies dans le bâtiment : la desquamation des pierres est le phénomène selon lequel la pierre s’écaille. Des plaques se forment à sa surface, se décollent peu à peu et finissent par tomber.
Après une desquamation, la partie la plus fragile de la pierre est à nu et ce qui conduit au phénomène de pulvérulence. La pierre se transforme en poudre ou en sable : elle s'effrite au contact.
L’alvéolisation est un phénomène qui se traduit par la formation d’alvéoles sur la surface d’une pierre. Des trous ou des sillons apparaissent, de nombre et de profondeur variables. Les remontées capillaires, c'est-à-dire l’absorption d’eau venant du sol par les pierres, sont une des causes principales de ce phénomène.
Des gonds, arrêts à bascule pour bloquer les volets, barreaux et autres pièces de métal étaient parfois directement enfoncés dans la pierre pour des raisons de praticité. Au fil des ans, le métal connait des expansions volumiques telles qu’il peut provoquer la fissure des pierres et des desquamations.
Le salpêtre, issu de sels minéraux, se caractérise par l'apparition de traces blanches et une peinture qui s'effrite. Il altère tous les matériaux sans distinction.
© Collection Tiez Breiz : Les fissures d’un pignon peuvent être dues à plusieurs facteurs, ici ce n’est pas un défaut de maçonnerie mais un défaut de charpente qui provoque une pathologie en maçonnerie.
Les fissures et déformations
Les fissures dans les pignons peuvent être assez fréquentes et plusieurs facteurs peuvent être mis en cause. L’humidité, un défaut de maçonnerie, de charpente ou de structure, un tassement différentiel du sol dû ou non à l’activité humaine.
Un terrain peut se tasser de façon différente sous un édifice. Cela peut être provoqué par le passage fréquent de machines agricoles ou de poids lourds, une transformation de la charpente non adaptée, le creusage d’un drain trop profond. Le tassement différentiel peut également être provoqué par la composition géologique du sol, le passage d’une veine d’eau sous la maison ou le ruissellement provoqué par une pente, une mare mal entretenue, etc.
Des moyens d'action
Lorsqu’une pathologie est détectée, afin de rétablir la situation, il est nécessaire d’en analyser les causes. Si des problèmes d’humidité sont constatés il faut veiller à ce que l’isolation intérieure et extérieure soit respectueuse du fonctionnement du mur : par exemple si vous avez un enduit et des joints ciments, il est indispensable de les remplacer ; soit en employant la terre ou la chaux. Pour les enduits il est conseillé de recouvrir le mur intégralement si celui-ci est en contact avec l’extérieur afin d’éviter les ponts thermiques, c'est-à-dire les zones qui ne seraient pas isolées et par où le froid pourrait pénétrer. Si les problèmes persistent nous vous invitons à contacter Tiez Breiz.
Le bois
© Yvon Boelle : Charpente du XV e siècle réhabilitée de la Chapelle Saint-Jacques de Brec'h.
En Bretagne, les constructions en pans de bois sont très présentes en centre-ville et également en campagne. Elles ont été mises en œuvre du Moyen-Âge à l’Époque Moderne. La maison en pans de bois la plus ancienne identifiée à ce jour se situe à Quimperlé et date de la fin du XIV e siècle. Ces techniques ont été employées jusqu’au XVIII e siècle. Le bois était un matériau abondant et peu coûteux, disponible partout. La mode change à la Renaissance (XVI e siècle), on continue à construire en pans de bois mais on choisit de les enduire à la manière des bâtiments en pierre, symbole de richesse. Le pan de bois était mal considéré car plus exposé aux risques d’incendies.
Le bois est également utilisé pour les planchers et les charpentes, qui en font un élément structurel important de chaque maison. Si un mur est malade ou a des problèmes d’humidité cela se reportera également sur les éléments en bois. Les signes d’une pathologie du bois sont l'odeur caractéristique de moisissures ou celle de champignon, le bleuissement puis le noircissement du bois qui indique un début de pourrissement. Des trous et des dépôts de sciure au sol sont eux, indicateurs de la présence d'insectes xylophages. Des déformations structurelles sont également à surveiller.
Charpente
© Collection Tiez Breiz : Ici les jambes de force de la charpente ont été coupées et une planche a été mise pour tenter d’endiguer, en vain, le mouvement de la charpente.
Les modifications de la charpente peuvent causer des pathologies structurelles du bâti. Il est fréquent de constater la suppression des entraits, qui se trouvent souvent à hauteur de tête, pour rendre les combles plus praticables. Pourtant chaque élément d’une charpente joue un rôle indispensable. Ils forment, par triangulation, une structure équilibrée qui permet de répartir le poids sur chacun de ses éléments et sur les murs. Une modification non-adaptée de la charpente peut provoquer des déformations sous le poids de la couverture et répercuter ces désordres sur la structure du bâtiment menaçant alors tout l’édifice.
© Collection Tiez Breiz : Schéma d'une charpente
Champignons et insectes
© Creative Commons : L’aubier d'une poutre en chêne a été attaqué par des insectes xylophages.
La majorité des problèmes de boiserie sont liés à l’humidité. De nombreux éléments extérieurs peuvent les dégrader. Des champignons lignivores, peuvent attaquer le bois. Ils se développent dans des espaces non ventilés, obscurs et humides. Le champignon le plus agressif est la mérule. Elle se détecte par la présence d’une toile grisâtre, des cordonnets brunâtres ou gris et une espèce de mousse blanchâtre. En cas de découverte, il est nécessaire de la déclarer en mairie. Il est important de vous faire accompagner de façon personnalisée pour lutter contre sa propagation. De nombreux moyens d’actions existent. L’aubier du bois peuvent être attaqués par différents insectes xylophages comme les termites, charançons, vrillettes etc. Ces insectes mangent et vivent dans les boiseries ou ils laissent des trous qui fragilisent les boiseries.
Comment y remédier ?
Contrer les dégradations des bois dans un bâtiment, nécessite d’en comprendre les causes. La présence d’humidité excessive est souvent responsable. Il est donc nécessaire d’agir pour lutter contre afin de protéger sa charpente et les autres éléments en bois.
La présence d’insectes xylophages est importante à analyser. Vous pouvez observer la vitalité d'une colonies d’insectes grâce à la présence ou l’absence de sciure. En ambiance calme, il est possible d’entendre les larves des capricornes creuser. Observer les trous à la surface du bois pour identifier l’espèce d’insectes xylophages à laquelle vous avez à faire. La présence d’insectes peut fragiliser la structure mais tant que le duramen n’est pas touché il n’est pas nécessaire de changer les pièces de bois touchées. Le duramen, qui est la partie la plus résistante se trouvant au cœur du bois, s’il n’est pas altéré par l’humidité, ne craint par la présence de xylophages qui lui préfèrent l’aubier.
Une pièce de bois qui a été attaquée n’est pas forcément à remplacer entièrement. Si le duramen n’est pas attaqué, le bois reste résistant.
Le duramen est la partie la plus résistante se trouvant au cœur du bois, s’il n’est pas altéré par l’humidité il ne craint pas la présence des xylophages.
La pilerie de place
La Chapelle de Guimaëc
La chapelle de Christ à Guimaëc dans le Finistère a une histoire très similaire à celle de Saint-Jacques. Elle fut construite durant la seconde moitié du XVI e siècle puis laissée à l’abandon au cours des siècles. Malgré son inscription sur l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1932 elle a failli disparaître dans les années 1950 car elle était en ruines.
© Collection Tiez Breiz : Visite de la Chapelle de Christ après sa réhabilitation
En 1998, l'association “ Les Amis de la Chapelle de Christ” est créée et en collaboration avec la commune de Guimaëc elle va impulser des campagnes de travaux. Au fil des ans des fonds sont levés et les murs sont reconstruits, une charpente à l’ancienne est réalisée et mise en place. Une porte et des vitraux sont recréés à partir des débris et vestiges retrouvés dans et autour de la chapelle.
En 2019, Tiez Breiz, avec l’aide de l'entreprise Ty Mein, lance des chantiers participatifs et des initiations aux techniques anciennes autour des enduits terre et des badigeons à la chaux en employant la terre locale.
En 2022 a lieu dans l’église une pilerie de place à l’occasion de la fête de la Bretagne, qui avait pour but de réhabiliter le sol de la chapelle, concluant 23 ans de travaux.
Les pileries de place
Entre chantier participatif et fête, les pileries de place ou fêtes de l’aire neuve sont des temps forts des campagnes. Elles permettent la création ou la restauration d’un sol en terre battue en intérieur ou en extérieur durant un bal ou un fest-noz. Après avoir traversé les siècles, ces pratiques festives ont progressivement disparu durant les Trente Glorieuses (1950-1970) face à l’arrivée du matériel agricole moderne et du confort moderne dans l’habitat.
© Collection Tiez Breiz : Alain le Bourdonnec : Trio Messager/Lehart/Toinen
Les pileries jouaient un rôle social puissant. Elles soudaient la communauté à la manière d’un rituel du renouveau qui prend tout son sens avec le contexte des battages dans le cas des aires neuves. Dans plusieurs ouvrages et témoignages, la pilerie de place est considérée comme une démonstration de force pour les jeunes hommes et de bravoure pour les jeunes femmes. On était fier d’exposer les sabots boueux des participants, c’était une façon de dire qu’ils étaient bons à marier. Les temps et les espaces communs étaient vecteurs d’une communauté soudée face aux travaux des champs et aux chantiers de construction qui constituaient un labeur éprouvant. On retrouve cette dimension d’espace et de temps communs à travers les usages des fours à pains, des moulins et des lavoirs. Ils étaient également vecteurs de la puissante cohésion sociale dans les campagnes.
Les différentes pratiques
© Collection commune musée de Bretagne et écomusée de la Bintinais. Martin Eugène, estampe, L’aire neuve, (aire à battre le blé), papier vergé (eau-forte).
Les sols des maisons rurales pauvres étaient réalisés en terre battue. Une fois la maison édifiée, il s’agissait de rendre le sol plan et solide, et pour cela, un travail de damage était nécessaire. Comme pour de nombreux travaux du bâtiment, il était fréquent de solliciter la communauté environnante : famille, amis, voisins, pour réaliser des chantiers nécessitant une main d’œuvre nombreuse. De nombreux sols ont été refaits durant la Seconde Guerre mondiale servant de prétexte à se réunir pour danser tandis que les bals étaient interdits. La pilerie pouvait même se dérouler sur plusieurs jours "non pas tant pour la qualité du travail que pour l’occasion de se réunir".
La préparation de la terre
Une multitude de "recettes" sont employées. Les témoignages sont très variés : pilerie avec de la boue jusqu’aux genoux ou sur sol presque sec, avec ou sans mélanges de fibres végétales, avec ou sans fougères pour protéger les pieds…
Certains éléments persistent : le sol doit être préparé, il s’agit de le retourner, parfois de le décaisser dans un premier temps puis de le rendre plan et meuble, prêt à recevoir une nouvelle couche de terre argileuse. Puis la sélection et le tamisage d’une "terre de prairie" ou "terre à crapaud". Cette terre argileuse est mise au jour, la plupart du temps, sous une première couche de terres noires végétales. Comme de nombreux matériaux du bâti ancien, elle est extraite localement. Les mares dans les territoires ruraux sont souvent la conséquence d’une excavation.
© Collection Tiez Breiz : Alain le Bourdonnec : pause technique lors d'une pilerie de place à Guimaëc.
La préparation de la terre nécessite ensuite de retirer les grosses pierres. Selon, le type de sols attendus, plus ou moins fin, on tamise la terre également pour retirer des pierres de petites tailles. Dans certains cas, on mélange la terre avec des fibres végétales afin d’armer le sol. Celles-ci permettent également de réguler l’apport hydrique et contribuent ainsi à limiter une rétractation du sol trop rapide lors du séchage et donc d’éviter la fissuration. En effet, hydrater une terre de façon maîtrisée est incontournable pour obtenir un résultat optimal. Un apport d’eau trop élevé provoque un gonflement biochimique de la matière, et selon la composition plus ou moins argileuse, cela peut avoir de fâcheuses conséquences au moment du séchage. Par ailleurs, l’apport de fibres à l'avantage de limiter l’aspect collant de la terre humide durant la danse. En ce qui concerne les sols non fibrés, des branches entières de fougères pouvaient être utilisées afin de créer un tapis végétal éphémère et étaient donc retirées après la pilerie.
Le soin apporté au tamisage était moins rigoureux pour les aires neuves, la mise en œuvre était plus rustique. On se contentait de retirer les grosses pierres de la terre argileuse puis on piétinait la place. À l’automne, l’hiver suivant, l’aire était détériorée par les intempéries. Elle était donc refaite chaque année.