Une balade avec Jacques Demy
Le parcours est composé de 11 étapes (environ 4,75 km). Départ au 9 allée des Tanneurs.
« À Nantes, j’ai connu de grands bouleversements. La guerre par exemple... Puis après, à 16 ans, j’ai découvert l’amour à Nantes. J’y ai aussi découvert le cinéma. J’y ai eu de grands chocs qui font que cette ville, je l’aime, et que j’ai envie d’y tourner. » J.D.
Ce parcours en ville est l’occasion de découvrir l’enfance du cinéaste, de connaître les lieux nantais de sa jeunesse mais aussi les lieux de tournage de ces films. Il permet aussi de regarder Nantes à travers les yeux d’un cinéaste.
Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez consulter le dossier thématique Jacques Demy et cinéma à Nantes
9 allée des Tanneurs : l’enfance de Jacques Demy
« Je suis fidèle complètement à mon enfance… et je n’arrive pas à en dévier. » J.D.
Né le 5 juin 1931 à Pontchâteau, il passe son enfance et son adolescence à cette adresse, siège du garage Demy. Jacquot de Nantes montre l’ambiance qui y régnait, son père tenant le garage et sa mère coiffant les voisines et les clientes. La maison familiale était aussi très proche de l’animation du centre, et très tôt, sa mère l’emmena voir les spectacles de Guignol cours Saint-Pierre, les opérettes au théâtre Graslin, mais également les films dans les salles nantaises de cinéma. C’est aussi du porche de cette cour que Demy assistera au défilé des Allemands qui entrèrent dans la ville en 1940. C’est enfin non loin d’ici qu’il alla se réfugier dans un abri anti-aérien, le 16 septembre 1943, lors des bombardements de Nantes, événement qui le marquera à vie, faisant naître au plus profond de lui le rêve d’une vie idéale.
Rue du Roi-Albert : les luttes ouvrières de son époque
Il est impossible de parcourir la rue du Roi-Albert sans évoquer les scènes de manifestations qui débutent et achèvent Une chambre en ville. Inspiré de l’histoire de son père et d’un fait divers réel (la mort d’un ouvrier nantais, Jean Rigollet, lors d’affrontements contre les CRS en 1955), le film met en scène la violence des grèves et des manifestions où à l’unisson les ouvriers chantent leur révolte. Chants qui, entendus par le jeune Jacques lorsqu’il traversa une de ces manifestations avec sa mère, resteront gravés dans sa mémoire et deviendront des moments forts de son film. « Je me revois avec ma mère traversant cette manif où les gens partaient vers la Préfecture. Ces chants m’ont porté, m’ont gravé, m’ont produit une impression très forte. En plus, mon oncle et mon père ont travaillé aux chantiers. C’est toute mon enfance à Nantes, tout mon passé. » La rue du Roi-Albert était un lieu de regroupement des manifestants qui venaient revendiquer devant la Préfecture. Cette rue est aussi symbolique de l’opposition entre les classes populaires et les classes bourgeoises, le quartier entre la Préfecture et la cathédrale étant plutôt habité par la bourgeoisie. Cette opposition est perceptible à travers le dialogue entre Madame Langlois la logeuse de la rue du Roi-Albert et François l’ouvrier, son locataire.
Cours Saint-Pierre : une vocation précoce inspirée par Guignol
Bercé par Gnafron, Cendrillon ou encore Peau d’Âne, Jacques Demy découvrit l’univers des marionnettes sur le cours Saint-Pierre. C’est sur ce lieu de promenade que sont accueillis spectacles et fêtes foraines. Enfant, Jacquot fabriqua lui-même un théâtre et ses marionnettes, en carton, habillées par sa grand-mère couturière, qu’il présentait lors de séances en famille… Plus tard, sur de la pellicule 9,5 mm, il dessinera image par image des films d’animation, dont Attaque nocturne en 1947-1948.
Place du Bouffay : l’importance des couleurs chez Jacques Demy
La place du Bouffay fait partie des lieux emblématiques de Nantes par son histoire et aussi l’ambiance qui y règne. Jacques Demy l’inclut dans sa mise en scène de la ville. Dans Une chambre en ville, les lieux de tournage extérieurs répondent aux décors intérieurs grâce à une palette de couleurs contrastées. Le bleu-gris répond au rose pâle, le bleu roi au rouge, selon les scènes et les personnages. Tourné en studio pour les scènes d’intérieur, le film se devait de trouver une même tonalité visuelle. C’est donc grâce à l’intrusion de touches de couleurs dans les extérieurs réels que Jacques Demy et son équipe réussissent à donner une unité au film. Ce travail sur la couleur est le fruit d’une collaboration étroite entre Jacques Demy et le décorateur Bernard Evein, son fidèle ami rencontré aux Beaux-arts de Nantes.
Cours des Cinquante-Otages : les modifications urbaines
Jacques Demy a grandi dans une ville en mouvement, marquée par les comblements de la Loire et de l’Erdre puis par les bombardements. Dans son enfance, l’ancien lit de l’Erdre venait d’être comblé et le nouveau cours ressemblait davantage à une plage de sable qu’à une rue. Il était alors un vaste terrain de jeux pour Jacquot et les enfants du quartier. Lors du tournage de Jacquot de Nantes en 1990, plusieurs tonnes de sable ont été ramenées pour recréer l’ambiance de l’époque. Dans ses films, Jacques Demy s’attache à montrer les contrastes urbanistiques et sociaux de la ville. Une chambre en ville tourné en couleurs en 1982, avec pour décor la Préfecture et les chantiers navals, aborde la ville ouvrière des années 1950, en état de siège. Tandis que Lola, tourné en noir et blanc en 1960 dans le quartier Graslin, nous montre l’image d’une ville superbe, éclatante et ouverte sur le port.
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Rue de l’Abreuvoir : un décor urbain disparu
Totalement remodelée au moment de la construction de la Tour de Bretagne, cette rue avec ses escaliers (aujourd’hui disparus) dévalant le coteau escarpé de l’Erdre, servit de décor au film Lola : on y voit Lola, son fils et le marin américain, sortir de la maison de la danseuse. Non loin, on trouve encore de ces ruelles étroites (rue Didienne, ruelle des Tanneurs) que l’on gravit marche après marche pour rejoindre ce qui était auparavant le quartier du Marchix.
Passage Pommeraye : un lieu primordial et emblématique
C’est dans cette galerie marchande créée au 19e siècle que Jacques Demy a acheté sa première caméra, comme le rappelle cette scène de Jacquot de Nantes, où l’adolescent entre dans la boutique du photographe pour y troquer son mécano contre l’objet tant désiré. C’est là aussi que le jeune Nantais découvrit le cinéma grâce au Ciné-club qu’il fréquentait régulièrement. Le passage couvert, avec son décor éclectique et fantasque, se distingue par son fort pouvoir d’évocation. La lumière pénétrant par la verrière, se reflétant dans les nombreux miroirs, crée à elle seule une véritable mise en scène. Statues et colonnes d’inspiration classique contribuent aussi à la magnificence et à la magie du lieu. Dans Lola, le passage Pommeraye où Jacques Demy situe la scène des retrouvailles entre Roland et Lola, irradie de lumière. Alors que dans Une Chambre en ville il devient inquiétant et sombre. C’est là, au premier étage, que se situe le magasin de télévision du mari d’Edith, où l’homme se suicide après une violente dispute avec sa femme. Le passage qui séduit tant d’artistes est le royaume du clair-obscur. A la manière des surréalistes qui en font un lieu des rencontres fortuites et du hasard, et d’André Pieyre de Mandiargues qui dans le Musée Noir le transforme en un lieu attirant et inquiétant, le passage Pommeraye se retrouve au coeur de l’oeuvre de Jacques Demy.
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Place Graslin and Cigale : le Nantes bourgeois et encanaillé
Il n’est pas possible de parler de Jacques Demy sans évoquer la musique qui fait partie intégrante de ses films. Inspiration une nouvelle fois tirée de son enfance, c’est grâce aux opérettes du théâtre Graslin fréquentées avec sa mère, qu’il a sans doute développé cette sensibilité. Les premières comédies musicales américaines et l’univers chantant dans lequel il a grandi ne sont probablement pas non plus étrangers à cette passion. Le quartier Graslin avec son théâtre, symbole du divertissement, est donc à juste titre l’univers dans lequel évolue Lola, danseuse à la Cigale, célèbre brasserie transformée en cabaret l’Eldorado à l’occasion du film. La Cigale reste aujourd’hui un lieu de rencontres et de détente apprécié des Nantais.
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Katorza : la tradition du cinéma à Nantes
Le cinéma à Nantes est le fruit d’une longue tradition qui commence aussitôt après l’invention, en 1895, du cinéma par les frères Lumière. Attraction foraine, le cinéma est d’abord ambulant, comme en témoigne l’exemple de Salomon Kétorza et ses quatorze wagons nécessaires au transport du « plus grand cinématographe qui voyage ». Mais avec le développement de salles dédiées, c’est le déclin du cinéma forain. En 1908, la première salle permanente de Nantes, l’American Cosmograph, l’actuel Cinématographe, ouvre ses portes. Salomon Kétorza va lui aussi se sédentariser et ouvre le Katorza pendant la Première Guerre mondiale. Une quarantaine de cinémas voient le jour à Nantes, essentiellement situés sur le quartier Graslin et ses environs. Bombardé pendant la guerre, le Katorza est reconstruit au début des années 50 et demeure parmi la petite dizaine de cinémas toujours présents à Nantes aujourd’hui.
Quai de la Fosse : le « Demy-monde »
« Mon idée est de faire cinquante films qui seront tous liés les uns aux autres (...) » J.D. Typiquement « demyesque », l’évocation du port est une récurrence dans ses films. Cherbourg, Rochefort, Marseille, Nantes, toujours une ville portuaire et la présence d’un pont transbordeur. Disparu à Nantes en 1958, il réapparaîtra dans Une chambre en ville grâce au glass-shot d’André Guérin. Les vues de Lola mais aussi celles d’Une Chambre en Ville montrent très bien l’ambiance portuaire et l’activité des chantiers. Récurrence de lieux, mais aussi de personnages. Le rêve de Demy est d’inscrire chacun de ses films dans un univers plus vaste : ainsi Roland Cassard, engagé pour transporter des bijoux dans Lola, réapparaîtra dans Les Parapluies de Cherbourg après s’être enrichi grâce à ce trafic. Mais outre ces réapparitions, on retrouve souvent les mêmes personnages : la veuve, les marins, la belle femme abandonnée...
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Médiathèque Jacques Demy : un nom en hommage au cinéaste
En 1995, pour rendre hommage à Jacques Demy, la Ville de Nantes a décidé de donner son nom à la principale médiathèque municipale. Une documentation consacrée au cinéaste et régulièrement actualisée y est consultable. L’œuvre de Jacques Demy y est présentée.