Mai-juin 1940 : l’Aisne dans la bataille de France

La bataille de France résonne encore aujourd’hui comme la défaite militaire la plus brutale, la plus importante et la plus traumatique de l’histoire contemporaine de la France. Tandis que la population axonaise prenait la route de l’Exode, des affrontements souvent oubliés vont avoir lieu durant quatre semaines sur le sol axonais. Partout l’armée française va tenter de faire face et résister, mais que sait-on exactement de cette bataille de France qui s’est déroulée sur notre territoire tandis que nos ancêtres étaient sur les routes ? 80 ans ont passé et il importe désormais de revenir sur cette histoire souvent oubliée.

L’entrée en guerre

Ordre de mobilisation générale du 2 septembre 1939. © Archives départementales des Hauts-de-Seine

Comme un feu mal éteint en 1918, l’ombre d’une nouvelle guerre s’étend sur l’Europe durant l’entre-deux-guerres, et voit l’émergence en Allemagne du parti nazi et de son chef, Adolf Hitler, qui déchire le traité de Versailles et réarme son pays. Le 1er septembre 1939, celui-ci envahit la Pologne, entrainant la mobilisation générale en France.

Appelés aux armées par la mobilisation, les Axonais se rendent vers les centres mobilisateurs de la 2e région militaire, de la Somme aux Ardennes, tandis que leurs familles écoutent anxieusement la TSF. Certains rejoignent le secteur fortifié de Montmédy, tandis que d’autres forment les 45e et 124e régiments d’infanterie (RI), mais la plupart entrent dans la composition de la 3e division d’infanterie motorisée (DIM), au sein des 91e et 67e RI, mais aussi des 42e régiment d’artillerie divisionnaire (RAD) et 242e régiment d’artillerie lourde divisionnaire (RALD).

Dans les semaines qui suivent, le département de l’Aisne voit quant à lui arriver de nombreux états-majors et troupes françaises qui n’ont pas l’impression d’être en guerre, tandis que l’on prépare l’évacuation des populations civiles vers la Mayenne. 


Les Axonais en première ligne

Cette « drôle de guerre » de huit mois s’achève le 10 mai 1940, lorsque la Wehrmacht déclenche le plan Jaune. Après la Pologne, le Danemark et la Norvège, c’est maintenant l’Ouest de l’Europe qui est plongé dans la Guerre. Alors que les meilleures unités de l’armée française s’élancent en Belgique et aux Pays-Bas, sept Panzer-divisionen allemandes traversent le massif des Ardennes et franchissent la Meuse à Dinant, Monthermé et Sedan.

Le 15 mai la situation peut être considérée comme critique : le front est rompu et le désastre se profile déjà. À Stonne, les Axonais de la 3e DIM réussissent pourtant l’impossible : stopper l’armée allemande. Ceux du 155e RIF, submergés dans l’ouvrage de la Ferté les 18 et 19 mai, auront moins de chance, tandis que beaucoup d’Axonais participeront aussi aux combats de la poche de Lille. Au total près de 800 Axonais seront déclarés « Morts pour la France » au cours des combats de mai-juin 1940.


L'invasion de la Thiérache

Après avoir franchi la Meuse, les panzers de la Wehrmacht se dirigent vers l’Ouest. Le 15 mai, ils atteignent Rozoy-sur-Serre, puis Montcornet, bousculant les colonnes françaises en repli à Brunehamel et Mont Saint-Jean et traversant la Thiérache en direction de Vervins et Marle.

« Tôt nous repartons vers Saint-Quentin. Relativement ordonné la veille, le cortège des réfugiés se laisse guider par la panique. Piétons hébétés, un ballot sur l’épaule ou une valise à la main, pauvres gens attelés à des remorques surchargées de valises, de paquets, brouettes poussées par des hommes de tous âges, voisinent avec des vélos, quelques automobiles, des charrettes et même des triporteurs de livraison. »

André Cambreleng, 16 mai 1940

L’armée française, manquant de renseignements, décide d’envoyer des blindés pour tenter de ralentir la progression allemande. Si les chars de la 2e division cuirassée (DCR) obtiennent quelques succès le 15 mai à Montcornet, les automitrailleuses de la 3e division légère de cavalerie (DLC) subissent de lourdes pertes à Dizy-le-Gros le 16 mai.

Pendant ce temps, les Allemands avancent vers Guise, La Capelle et Hirson, tandis que les débris des divisions françaises envoyées en Belgique se replient, comme la 4e division d’infanterie nord-africaine (DINA) qui défend La Capelle le 17 mai, et la 1ère DINA qui se replie par Oisy et Wassigny pour participer à la défense du canal de la Sambre à l’Oise.

L'aviation de bombardement était bien là

et malgré son infériorité numérique, elle fit son possible pour bloquer la progression des troupes allemandes...

Ainsi le 16 mai, une patrouille de deux Bréguet 693 attaquent en vol rasant le nœud routier de Montcornet pendant que des avions de chasse mitraillent les colonnes allemandes dans la région Laon-Vervins-Rozoy.

Le même jour, un groupe de bombardement I/12, équipé d’appareils Lioré et Olivier 451 (LéO 451) et basé à Soissons, effectue aussi des sorties, non sans pertes. 

Le 16 mai, vers 13h, dix LéO 451 attaquent les blindés allemands autour de Montcornet mais la défense antiaérienne allemande est particulièrement intense. Le LéO 451 n°54 est abattu au-dessus de Raillimont et ses quatre membres d’équipages sont tués tandis que le LéO 451 n°105 est également touché. Tandis que son équipage ne compte qu’un tué, les débris de l’appareil gisent dans une pâture de Bosmont.

L’aviation alliée déploie de nombreux efforts afin d’endiguer l’invasion des troupes allemandes. Dans la matinée du 17 mai, alors qu’ils attaquent en direction de Montcornet, les hommes de la 4e DCR remarquent au-dessus de Liesse trois traînées blanches d’avions anglais volant à très haute altitude et une traînée de chasseur allemand qui les poursuit. En deux minutes les Anglais sont abattus et foncent vers le sol en feu. Il s’agissait de bombardiers Bristol Blenheim du No. 82nd Squadron RAF de retour d’une mission sur Gembloux en Belgique, dont les membres d’équipages reposent encore à Lappion, Festieux, Pancy-Courtecon et Presles-et-Thierny.

Afin de détruire les ponts lancés sur l’Oise par les Allemands, la Royal Air Force tentera aussi de détruire le pont de Ribemont et perd un bombardier Armstrong Whitworth Whitley et son équipage au-dessus de Brissy-Hamégicourt. 

Même s'ils font leur possible, les défenses antiaériennes et l’aviation de chasse allemandes sont particulièrement vigilantes. Le 17 mai, le bombardier LéO 451 n°122 est ainsi touché lors d’une mission de bombardement. Son pilote, le sergent-chef Gombert, se sacrifie en restant aux commandes de l’appareil pour permettre aux autres membres d’équipage de sauter en parachute mais un seul survivra tandis que le bombardier s’écrase près d’Esquéhéries. Un autre bombardier est aussi abattu près de Guise. Le LéO 451 n°40 s’écrase à Macquigny, tuant son équipage et laissant des débris qui resteront quelques temps au milieu des champs


La défense de la vallée de l’Oise et la perte du Vermandois

Alors que la population civile tente d’échapper aux combats en partant sur les routes, les premiers panzers atteignent les rives de l’Oise devant Guise puis Origny-Sainte-Benoite, Ribemont et Moÿ-de-l’Aisne dans la soirée du 16 mai. Manquant d’infanterie, les défenses françaises sont trop faibles et dès le 17 mai, les Allemands franchissent la rivière en de nombreux endroits.

« De chaque côté de la chaussée, les fossés se meublent d’épaves : voitures abandonnées par faute d’une avarie bénigne ou faute d’essence. Mobiliers ou objets disparates emmenés « parce qu’on y tenait » mais qu’on s’est résigné à jeter. Les arrêts sont incessants. Nous n’arrivons que vers minuit dans un faubourg de Saint-Quentin et nous trouvons un abri sous un immense hangar agricole parmi une cohue d’autres réfugiés. »

André Cambreleng, 16 mai 1940

A partir du 18 mai la défense du Vermandois devient impossible, les Allemands atteignant Croix-Fonsommes, Fresnoy-le-Grand et Saint-Quentin dans la matinée. La résistance française est toutefois plus sérieuse à Hirson, La Capelle et sur le canal de la Sambre à l’Oise où les chars de la 2e DCR, renforcés par la 9e DIM et les reliquats des 1ère et 4e DINA, retardent les Allemands le 19 mai, ainsi qu’à Wassigny jusqu’au 20 mai.


Charles de Gaulle et la IVe DCR

Persuadé que l’objectif de l’armée allemande est de prendre Paris, le Grand Quartier Général de l’armée française déploie la 6e armée sur l’Ailette et l’Aisne tandis que 4ème DCR du colonel Charles de Gaulle est envoyée le 15 mai dans le Laonnois pour gagner du temps.

« Dans la nuit tombée la longue file de chars fonce vers Laon, les pots d’échappements rouge et environnés d’étincelles, alors qu’un flot indescriptible de réfugiés s’en va vers Soissons, hommes, femmes, enfants, poussant des voitures d’enfants, des brouettes, juchés sur des chars à bancs. »

Marcel Rime-Bruneau, 18 mai 1940

À son arrivée à Bruyères-et-Montbérault ses forces sont faibles, ses équipages n’ont qu’une formation incomplète, ses liaisons radio sont défaillantes et il n’a presque pas d’infanterie, mais il planifie néanmoins une reconnaissance offensive en direction de Montcornet.

Charles de Gaulle avec Albert Lebrun à Goetzenbruck le 23 octobre 1939. ©Musée de l'Ordre de la Libération.

Le 17 mai, les chars de la 4e DCR partent de Sissonne et de la forêt de Samoussy et avancent difficilement en direction de Montcornet et Lislet. Stoppés par les Allemands, ils doivent se replier. Ayant reçu des renforts, De Gaulle relance une attaque le 19 mai sans plus de succès sur Mortiers et Crécy-sur-Serre tandis que le 4e BCP résiste pendant sept heures dans Chambry. Le 20 mai au lever du jour, la mission du colonel de Gaulle s’achève et la 4e DCR se replie en combattant jusqu’aux ponts sur l’Aisne et l’Ailette où la 6e armée s’est installée.

Pour revoir dans le détail le déroulement des opérations menées par le colonel de Gaulle et les hommes de la IVe DCR dans l'Aisne entre le 15 et le 20 mai 1940, consultez notre story-map  De Gaulle dans l'Aisne .


Installation de l’armée française sur la ligne Weygand

Alors qu’une grande partie des forces alliées sont isolées dans le nord de la France, la 7e armée et surtout la 6e armée française sont déployées sur les rivières et canaux qui parcourent d’Ouest en Est le département de l’Aisne. Leur mission : établir une ligne de défense et la tenir sans esprit de recul.

Dès le 16 mai, du canal de Saint-Quentin à la vallée de l’Aisne en passant par la vallée de l’Ailette, quatre divisions d’infanterie françaises s’installent et détruisent les ponts pour rétablir le front. Renforcée par deux nouvelles divisions quelques jours plus tard, cette nouvelle ligne de défense prend le nom de « ligne Weygand » du nom du nouveau généralissime. 

« Les réfugiés de Laon et des environs arrivant à pied, ont dû être rassemblés sur la place Saint-Christophe et des autobus les ont emportés. Presque tous les jours les avions allemands ont bombardé la gare et des usines, ce qui a eu pour effet d’accentuer les départs volontaires des habitants. Le vendredi 17 mai il ne restait à Soissons que 800 personnes environ, dont la majeure partie était composée de vieillards, d’infirmes et des familles ayant beaucoup d’enfants. Le samedi 18 mai, des ambulances sont arrivées et ont emporté une partie des infirmes, vieillards et enfants. Le dimanche 19 mai, 50 autobus ont emporté le restant de la population. »

Rapport du commissaire de police de Soissons au Préfet de l’Aisne, Archives départementales de l’Aisne.

« Beaucoup de voitures à bras, où s’entassent des ballots de vêtements bariolés, de choses hétéroclites. Et, parfois, tout au-dessus, calée plutôt mal que bien, quelque vieille femme, dans sa plus belle robe, les cheveux tout blancs, le chef dodelinant, les yeux vagues, au coin des lèvres un pli d’amertume infinie... De jeunes enfants, aux traits effroyablement tirés, tâchent de marcher vaillamment en passant devant nous, et nous fixent droit dans les yeux, et nous sourient. »

Lieutenant Lucien Carron, 6e régiment d'infanterie


L’inflexible résistance du Chaunois

Installée sur les bords de la Somme, du canal de Saint-Quentin et de l’Oise à partir du 18 mai, la 23e division d’infanterie (DI) du général Jeannel constitue rapidement de solides points d’appuis dans Tergnier, Vouël, Viry-Noureuil et Chauny et repousse les avant-gardes allemandes à Saint-Simon, Jussy et Mennessis.

Le 5 juin, à 4h, après un bombardement d’une extrême violence, les troupes allemandes tentent de traverser à Liez et Tergnier. Dès midi, des contre-attaques sont menées par le 32e RI avec le soutien de l’artillerie qui tire près de 6000 obus dans la journée, et l’Infanterie-regiment 483 est repoussé au-delà du canal avec de lourdes pertes.

Partout les troupes allemandes sont repoussés et même contre-attaquées dans la nuit du 5 au 6 juin. Toutefois, menacée sur ses flancs, bombardée par l’aviation allemande, la 23e DI est contrainte au repli vers l’Ouest dans la nuit du 6 au 7 juin.


La défense de la vallée de l’Ailette

Les bords du canal de l’Oise à l’Aisne voient arriver à partir du 18 mai les zouaves et tirailleurs de la 87e division d’infanterie d’Afrique (DIA) du colonel Martin, qui organisent rapidement la défense des berges et des villages de Manicamp à Crécy-au-Mont, épaulés sur leur droite par la 7e DI jusqu’Anizy-le-Château.

La stèle franco-allemande de Trosly-Loire Le 9e régiment de zouaves et la 72. Infanterie-division allemande s’affrontent avec ténacité sur les rives du canal de l’Oise à l’Aisne les 5 et 6 juin. Les combats terminés, Français et Allemands se témoigneront un respect mutuel et c’est sur ces bases qu’une camaraderie a pu voir le jour, et avec elle cette stèle unique dans l’Aisne.

Le 5 juin, à 4h, après un violent bombardement, cinq divisions allemandes passent à l’assaut. À Guny et Trosly-Loire, le 9e régiment de zouaves (RZ) résiste mais les tirailleurs algériens sont submergés à Manicamp, St Paul-aux-Bois et Pont Saint-Mard tandis que la 7e DI recule à Crécy-au-Mont et Leuilly-sous-Coucy. Malgré de lourdes pertes les troupes allemandes parviennent à progresser jusqu’aux fermes du plateau qu’ils investissent à l’aube du 6 juin.

Malgré les contre-attaques françaises, les vagues d’assaut allemandes repartent des ravins de Selens à Crécy-au-Mont et submergent le plateau, et après avoir résisté durant deux jours, ce qu’il reste des défenseurs de la vallée de l’Ailette se replient dans la soirée vers le sud, sous une chaleur étouffante.

Soldats de la 7e DI rassemblés dans le cimetière de l’église de Bagneux. ©Photographe inconnu/ECPAD/Défense/DAA 789 L6


La dernière bataille du Chemin des Dames

Vingt-deux ans après la fin de la Première Guerre mondiale, le front s’installe à nouveau au Chemin des Dames quand la 28e division d’infanterie alpine (DIAlp) s’établit sur ses coteaux à partir du 18 mai. Rejoints dans la vallée de l’Ailette par la 7e DI dans la nuit du 30 au 31 mai, les alpins y aménagent des positions défensives sur près de 12 km, déterminés à repousser toute attaque.

Le 5 juin à 4h, après un violent bombardement, les fantassins allemands tentent à la faveur du brouillard de traverser le canal de l’Oise à l’Aisne. De Vauxaillon à Pinon, les hommes de la 7e DI résistent mais à leur droite, les alpins sont enfoncés à Chavignon à la suite d’une erreur tactique.

Afin de rétablir le front, des contre-attaques sont lancées à l’aube du 6 juin. Le 7e bataillon de chasseurs alpins (BCA) s’élance vers Pinon mais est décimé tandis qu’un bataillon du 12e régiment étranger d’infanterie (REI) et quelques chars R35 repoussent les Allemands à quatre reprises dans la journée. Exténués par deux jours de combat, les défenseurs du Chemin des Dames reçoivent finalement l’ordre de se replier dans la nuit du 6 au 7 juin au sud de l’Aisne.


L’enfer se déchaîne sur la vallée de l'Aisne

Soldats allemands traversant la rivière Aisne sur un canot pneumatique. © Arch. dép. de l’Aisne, 2 Fi 53

Comme au temps de Jules César et de Napoléon, la vallée de l’Aisne revêt un intérêt stratégique en 1940, et les hommes des 44e et 42e DI qui s’y installent à partir du 16 mai vont avoir la tâche difficile de défendre l’Aisne tout en faisant face à la menace allemande qui grandit à l’Ouest à partir du 7 juin.

Afin de contrer l’avance allemande dans le Soissonnais, une grave décision est prise le 8 juin : la 45e DI qui est arrivée le 4 juin entre Pontavert à Berry-au-Bac est redéployée sur la Vesle. Toutefois sa relève est hasardeuse, et les Allemands en profitent le 9 juin pour s’infiltrer dans tout le dispositif français. Celui-ci résiste et l’artillerie française cause de sérieuses pertes, mais se trouve vite débordé.

Disposant d’une écrasante supériorité en nombre et en matériel, les forces allemandes atteignent Roucy puis Guyencourt d’une part, et à constituer des têtes de ponts en amont de l’Aisne, encerclant les Français à Variscourt et Condé-sur-Suippe. Forcées au repli sur la Suippe et la Vesle dans la soirée du 9 juin, les troupes françaises finissent par décrocher sur la Marne le lendemain.


Contre-attaques sur les plateaux du Soissonnais

À l’aube du 7 juin, la défense du Soissonnais résonne comme un dernier espoir pour l’armée française. La rivière est cependant faiblement défendue en aval de Soissons jusqu’à la confluence de la Vesle tandis qu’à l’Est, ce qu’il reste des défenseurs du Chemin des Dames s’installe entre Condé-sur-Aisne et Cys-la-Commune. Malgré une vive résistance, les troupes françaises ne peuvent empêcher les Allemands de constituer des têtes de pont au sud de Pommiers, à Missy-sur-Aisne et Venizel dans la matinée.

Le 8 juin, afin de résorber la percée allemande, la 27e DIAlp est engagée dans une violente contre-attaque vers Acy et Serches tandis qu’à l’Ouest, les points d’appuis français résistent toute la journée aux Allemands, à l’image du 23e régiment de marche de volontaires étrangers (RMVE) à Saconin et Missy-aux-Bois ou du 9e RZ à la ferme de Pouy.

En début d’après-midi il faut cependant se rendre à l’évidence : les Allemands progressent. Le repli vers la forêt de Villers-Cotterêts et sur l’Ourcq est donc ordonné, actant la fin de la défense du Soissonnais, qui constitue l’engagement le plus meurtrier pour l’armée française dans l’Aisne, avec 639 « Morts pour la France » pour la seule journée du 8 juin.


Combats retardateurs sur l'Ourcq

Si l’espoir d’un miracle de la Marne, comme en 1914, est alors dans tous les esprits, chacun sait que la France n’a plus les moyens de stopper la Wehrmacht. Après avoir défendu l’Ailette et l’Aisne, l’armée française reporte néanmoins ses troupes sur l’Ourcq en vue de ralentir l’avance allemande, et permettre l’installation d’une ultime ligne de défense sur la Marne. Mais ce sont des hommes épuisés qui mettent en défense les accès de la forêt de Villers-Cotterêts et les passages sur l’Ourcq entre Troësnes et Fère-en-Tardenois dans la soirée du 8 juin.

Leurs ordres sont de tenir sur place quoi qu’il arrive pour couvrir l’installation d’autres unités françaises plus au sud mais il est déjà trop tard : dans la matinée du 9 juin les Allemands entrent dans Fère-en-Tardenois et sont déjà à proximité de Neuilly-Saint-Front où les débris de la 7e DI ne peuvent que les ralentir quelques heures, tandis de la 27e DIAlp tente de faire de même à Brény et Nanteuil-Notre-Dame, avant de se replier dans la soirée entre Rocourt-Saint-Martin et Beuvardes.

L'aviation de chasse française était bien là

Souvent décriée, l’aviation de chasse française était bien là. Le 18 mai vers midi, deux groupes de 20 bombardiers Heinkel He 111 du II/KG 55 sont interceptés par 6 chasseurs Curtiss H-75A de l’escadrille des Cigognes (1ère escadrille du Groupe de chasse I/5) du capitaine Accart, partis de Saint-Dizier. Le capitaine Accart abat un Heinkel He 111 au-dessus de Fismes, un autre au-dessus de Soissons et un dernier au-dessus de Braine. Le lieutenant Marin La Meslée (qui deviendra le premier as de cette campagne avec 20 avions allemands abattus) abat un premier Heinkel He 111 puis un autre au-dessus d’Arcis Sainte Restitue. Alors que le sergent Morel (12 victoires en huit jours) se place à 50 m dans la queue d’un bimoteur, il est abattu et parvient à sauter en parachute. Mortellement blessé, il meurt à Hartennes-et-Taux et repose aujourd’hui encore dans le cimetière de Vierzy.

Le 19 mai, aux prises avec plusieurs Messerschmitt 109 dans le ciel du Laonnois, le lieutenant Paul Marche, du groupe de chasse III/1, réussit à abattre deux de ses adversaires aux commandes de son Morane-Saulnier MS406. À bout de munitions, il est abattu et s’écrase à Anizy-le-Château. Il repose désormais à la nécropole nationale de Vauxaillon et une stèle en son honneur a été inauguré en 2015 par son fils et ses petits-fils.

Le 8 juin 1940, le lieutenant André Monty, 29 ans, du Groupe de Chasse I/2, abat deux Ju 87 Stukas dans le secteur de Soissons aux commandes de son MS 406 puis attaque un Me 109 qu’il croyait seul. Touché, il s’écrase à l’orée de la forêt de Retz où il repose désormais, près des débris de son appareil.


Le miracle de la Marne n’aura pas lieu

Dernière chance de bloquer l’avance allemande, la défense de la Marne s’annonce périlleuse dans la soirée du 9 juin. À l’Ouest de Château-Thierry, la 41e DI est envoyée défendre le Clignon tandis que la 238e division légère d’infanterie (DLI) est déployée de Bouresches à Mont-Saint-Père pour interdire le franchissement de la Marne. Plus à l’Est enfin, la 20e DI est annoncée entre Mont-Saint-Père et Dormans pour prolonger la défense de la rivière.

Traversée de la Marne par des fantassins allemands à Essômes-sur-Marne le 12 juin 1940. ©Coll. part.

Ces forces sont cependant faibles face aux avant-gardes allemandes qui arrivent devant Mont-Saint-Père et Jaulgonne le 10 juin. Repoussés sur le Clignon, les Allemands parviennent à pénétrer dans Château-Thierry et le 11 juin, ils s’infiltrent entre Gandelu et Veuilly-la-Poterie ainsi qu’à Belleau.

Pont flottant installé par l’armée allemande à Château-Thierry, juin 1940. ©Coll. part.

Ayant franchi la Marne à Château-Thierry, Chartèves et Mézy-Moulins, les troupes allemandes sèment partout la confusion et la panique, forçant l’ensemble des troupes françaises au repli sur Nesles-la-Montagne - Courboin - Condé-en-Brie - La Chapelle-Monthodon. Poussant leur avantage, les Allemands reprennent leur attaque le 12 juin, les 3. PzD et 4. PzD forçant les Français à se replier en combattant.

Le lendemain, les derniers combats ont lieu devant Condé-en-Brie et La Chapelle-Monthodon, jusqu’à ce que le repli soit de nouveau ordonné derrière la Seine, mettant un terme à quatre semaines de combats intenses sur le sol axonais.


De l’invasion de la France à l’Aisne occupée

L’Aisne connaît le dernier jour de son invasion le 13 juin, et alors que la fumée des combats retombe sur le champ de bataille, des colonnes de prisonniers se dirigent vers l’Ouest, tandis que les blessés sont pris en charge à la caserne Foch de Laon et au lycée Henri Martin de Saint-Quentin, hôpitaux militaires où encore beaucoup laisseront leur vie.

Au cœur de l’invasion allemande, et alors que les voix du maréchal Pétain et du général de Gaulle résonnent sur les ondes dans des voies opposées, le département de l’Aisne continue durant tout le mois de juin d’être traversé par la Wehrmacht, et Hitler lui-même vient visiter Laon le 25 juin.

Pendant ce temps, dans les salles des fêtes, les écoles et les fermes de Mayenne, les réfugiés Axonais s’interrogent sur la possibilité de regagner leur foyer, les autorités d’occupation ayant instauré le 7 juillet la Nordost Linie, qui coupe le département en deux, le nord de l’Aisne devenant « zone interdite » à compter du 20 juillet.


Conclusion

En mai-juin 1940, le département de l’Aisne est au cœur de la bataille de France. Durant quatre semaines, son territoire est le théâtre de violents combats tandis que les Axonais eux-mêmes font face à cette épreuve de l’Histoire, les hommes mobilisés affrontant l’armée allemande tandis que leurs familles vivent la déchirure de l’Exode.

5029 combattants de l’armée française sont tombés pour la défense du territoire axonais, et beaucoup reposent encore sur le territoire axonais, principalement à Soupir n°2, au Bois-Robert d’Ambleny, à la Désolation de Flavigny-le-Petit, à Saint-Quentin ou encore Champs, souvent auprès de beaucoup de leurs aînés. 7151 combattants allemands tombés majoritairement dans l’Aisne en 1940 reposent quant à eux sous les chênes du cimetière du fort de la Malmaison à Chavignon. Ces nombres impressionnants suffisent à souligner l’opiniâtreté de la résistance offerte par l’armée française, loin de l’idée que l’opinion publique se fait encore des combats de 1940.

Memorial AISNE 1940 Exoert 2021

Soucieux de commémorer le début du 80e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale, le  Département de l’Aisne  s’est associé au  Musée de la Résistance et de la Déportation de Tergnier  à travers une exposition sur la bataille de France dans l’Aisne dont ce récit s’inspire. Cette exposition sera visible jusqu'en décembre 2021, pour ainsi rendre hommage aux combattants qui se battus dans l’Aisne avec l’énergie du désespoir, de mai à juin 1940.

Pour en savoir plus sur les combats de 1940 dans l'Aisne, n'hésitez à vous procurer l'ouvrage " Aisne 1940 ", disponible à la  Caverne du Dragon - Centre d'Accueil du Visiteur du Chemin des Dames  ou sur  www.chemindesdames.fr .

Ordre de mobilisation générale du 2 septembre 1939. © Archives départementales des Hauts-de-Seine

Charles de Gaulle avec Albert Lebrun à Goetzenbruck le 23 octobre 1939. ©Musée de l'Ordre de la Libération.

La stèle franco-allemande de Trosly-Loire Le 9e régiment de zouaves et la 72. Infanterie-division allemande s’affrontent avec ténacité sur les rives du canal de l’Oise à l’Aisne les 5 et 6 juin. Les combats terminés, Français et Allemands se témoigneront un respect mutuel et c’est sur ces bases qu’une camaraderie a pu voir le jour, et avec elle cette stèle unique dans l’Aisne.

Soldats de la 7e DI rassemblés dans le cimetière de l’église de Bagneux. ©Photographe inconnu/ECPAD/Défense/DAA 789 L6

Soldats allemands traversant la rivière Aisne sur un canot pneumatique. © Arch. dép. de l’Aisne, 2 Fi 53

Traversée de la Marne par des fantassins allemands à Essômes-sur-Marne le 12 juin 1940. ©Coll. part.

Pont flottant installé par l’armée allemande à Château-Thierry, juin 1940. ©Coll. part.