PARCOURS MÉMORI.ELLES

Les Résistantes du 17e

Adulées et célébrées ou au contraire méconnues et oubliées, voire occultées, les femmes ont marqué notre histoire sans toujours avoir leur juste place dans notre mémoire. Une mémoire qui parsème pourtant les rues de Paris.

À travers un itinéraire dans le 17 e  arrondissement, la Ville de Paris vous propose de découvrir les destins d’une dizaine de femmes résistantes : les résistantes du 17 e .

1

Sophie Scholl

Adresse : jardin Hans et Sophie Scholl, 12 boulevard du Bois le Prêtre

Sophie Scholl naît en 1921 à Forchtenberg, petite ville allemande dont son père est maire. Elève joyeuse, sérieuse et douée, elle est élevée dans la religion luthérienne. En 1933, lorsque le parti nazi accède au pouvoir, elle rejoint les Jeunesses hitlériennes avec ses cinq frères et sœurs, comme la plupart des jeunes Allemands. Mais elle s’éloigne rapidement de l’idéologie du nouveau régime et de ses restrictions de libertés ; l’année de Service du travail obligatoire (STO) qu’elle est contrainte d’effectuer en 1940, renforce son hostilité au Reich. En 1942, étudiante en biologie et philosophie à l’université de Munich, elle rejoint la « Rose blanche », le mouvement de résistance créé par son frère et son groupe d’amis. Par la diffusion de tracts hostiles au régime et à la guerre, le groupe de jeunes gens espère susciter une prise de conscience au sein de la population et surtout de la jeunesse, de la barbarie nazie. Surpris lors d’une distribution de tracts, Sophie et son frère sont dénoncés et arrêtés par la Gestapo, le 18 février 1943. Quatre jours plus tard, après une parodie de procès, ils sont condamnés à mort pour haute trahison, et exécutés. Hans avait 24 ans, Sophie 21. Le sixième et dernier tract de la Rose blanche, parvenu en Angleterre, est largué sur l’Allemagne à des dizaine de milliers d’exemplaires par l’aviation alliée à la fin de l’année 1943. Avec leurs camarades de lutte, Hans et Sophie demeurent à jamais le symbole du courage de la jeunesse, prête à mourir pour ses idées. Un bâtiment du Parlement européen à Bruxelles porte le nom de Sophie Scholl.

En savoir plus

  Pour poursuivre le parcours, sortez du jardin par le boulevard du Bois le Prêtre, empruntez la rue Andrée Putman puis la rue Pierre Rebière jusqu'au jardin Clémence-Annick Burgard... 

2

Clémence-Annick Burgard 

Adresse : jardin Clémence-Annick Burgard, 49, rue Pierre Rebière

Clémence-Annick Burgard est née en 1923 à Lyon. Son père, qui a combattu à Verdun pendant la Première Guerre mondiale, la prénomme Clémence en hommage à Georges Clémenceau. Elle choisit Annick, lorsqu’elle entre dans la Résistance. En 1940, alors qu’une partie du territoire français est occupée, Lyon, en zone libre, se transforme en un foyer d’opposition à l’Allemagne nazie et au régime de la collaboration du Maréchal Pétain. À 19 ans, étudiante en droit, Clémence-Annick, dont la famille gaulliste accueille des évadés, s’engage dans le réseau Libération-Sud, aux côtés de Serge Ravanel et de Jean Moulin. Agent de liaison, elle distribue des tracts, fait passer de faux papiers et des messages codés. Le 3 août 1944, elle est dénoncée et arrêtée par la Gestapo avec 28 membres de son réseau. Torturée, Annick est internée à la prison de Montluc jusqu’à la Libération, le 24 août 1944. Elle consacrera le reste de sa vie à perpétuer la mémoire du combat de la Résistance. Elle multipliera les conférences en collège et lycée et organisera de nombreuses expositions dans toute la France. Elle pilote la création du mémorial de Verdun où a combattu son père. Chevalier de la Légion d’honneur, médaillée de la Résistance, officier de l’ordre national du Mérite, elle s’éteint en janvier 2019.

En savoir plus

 Pour continuer le parcours, sortez du jardin par le passage Rose Valland... 

3

Rose Valland

Adresse : passage Rose Valland

Rose Valland naît en 1898 près de Grenoble. D’origine modeste, elle effectue grâce à une bourse, des études d’institutrice, mais douée pour le dessin, elle entre à l’école des Beaux-Arts de Paris et poursuit des études en histoire de l’art et d’archéologie. À partir de 1936, elle participe au plan pour la protection des œuvres d’art, impulsé par Jean Zay, dans une France qui se prépare au conflit avec le III e  Reich. Au moment de l’entrée en guerre, Jacques Jaujard, directeur des musées nationaux, charge la jeune conservatrice de l’aider dans son entreprise de sauvetage des collections publiques ou privées. Au sein du Musée du Jeu de Paume, devenu le point de passage des œuvres d’art spoliées par les nazis, au risque de sa vie, elle consigne secrètement toutes les informations relatives à leur provenance et leur destination, et communique aux Alliés les lieux de stockage des œuvres en Allemagne pour éviter leur bombardement. Après la guerre, nommée secrétaire de la Commission de récupération artistique (CRA), elle reste dix ans en Allemagne, permettant la restitution de plus de 60 000 œuvres aux institutions nationales et aux familles juives persécutées. Conservatrice des Musées nationaux, officier de la Légion d'honneur, commandeure des Arts et des Lettres, elle a reçu la médaille de la Résistance et la médaille de la Liberté, qui est la plus haute décoration civile des États-Unis. Elle décède en 1980.

En savoir plus

 Pour poursuivre le parcours, descendez le passage jusqu'au boulevard Berthier, continuez le boulevard sur la droite jusqu'à la rue Mstislav Rostropovitch. Plus bas sur la droite, prenez la passerelle Marcelle Henry... 

4

Marcelle Henry

Adresse : passerelle Marcelle Henry

Marcelle Henry est née le 7 septembre 1895 à Angers (Maine-et-Loire). Après de brillantes études d’histoire géographie, elle enseigne quelques années dans l’Est de la France, avant de s’installer au lendemain de la Première Guerre mondiale à Paris. Elle intègre le Ministère du travail dont elle gravit rapidement les échelons, pour devenir, en 1937, cheffe du bureau de l’hygiène et de la sécurité, un poste rare pour une femme à cette époque. Indignée par la défaite de 1940 et l’Occupation, hostile à la collaboration, elle s’engage dans la Résistance. Profitant de sa position au Ministère, elle organise des filières de distribution de tracts et de journaux clandestins dans les usines et couvre les actions de résistance de ses subordonnés. En septembre 1943, intégrée au Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de la France Combattante, elle cache des évadés et des officiers de la France Libre, lors de leur passage à Paris. La Gestapo l'arrête le 4 juillet 1944 à son domicile. Torturée et condamnée à mort, elle est déportée, par le dernier convoi parti de Paris le 15 août 1944, à Ravensbrück (Allemagne). Libérée le 9 avril 1945 par la Croix Rouge puis rapatriée à Paris, elle décède le 24 avril 1945, épuisée par les sévices et la privation.

En savoir plus

 Pour poursuivre le parcours, prenez la rue Georges Picquart au bout de la passerelle. Arrivé boulevard Pereire, continuez sur la rue de Rome.... 

5

Mila Racine 

Adresse : plaque en hommage à Mila Racine, située au 97, rue de Rome

Mila Racine naît en septembre 1919 dans une famille juive bourgeoise de Moscou. En 1926, les Racine fuient le régime soviétique et s’installent à Paris, dans le quartier de l’Europe, où Mila obtient son certificat d’études en 1936. Avec la défaite de 1940, la famille Racine se réfugie à Luchon, petite ville proche de la frontière espagnole où de nombreux juifs étrangers se sont installés pour échapper à l’occupation allemande et à la politique antisémite du régime de Vichy. Mila intègre des associations caritatives juives et organise des livraisons d’aide alimentaire aux détenus des camps d’internement du sud de la France. À partir de l’été 1942, les rafles des juifs s’intensifient et s’étendent à la zone sud, même les enfants sont arrêtés. Mila prend la tête du Mouvement de jeunesse sioniste de Saint-Gervais-Le Fayet (Haute-Savoie), chargé de faire passer des enfants juifs en Suisse depuis la région d’Annemasse. Une mission complexe à haut risque qu’elle mène avec force et détermination. La nuit du 21 octobre 1943, elle est arrêtée par les Allemands avec un convoi de 32 enfants. Emprisonnée et torturée, la Résistante est envoyée au camp de Compiègne (Oise), puis à Ravensbrück (Allemagne), en janvier 1944. Ses camarades d’internement ont admiré sa grande humanité et son grand courage. Elle meurt le 20 mars 1945, à Amstetten (Allemagne), lors d’un bombardement britannique.

Grâce aux organisations juives de secours, près de 2 000 enfants juifs ont pu franchir la frontière et entrer illégalement en Suisse, entre 1943 et 1944. Mila a sauvé 236 d’entre eux.

En savoir plus

 Pour poursuivre le parcours, remontez sur vos pas rue de Rome et prenez la rue Legendre sur la gauche jusqu'au jardin Solitude... 

6

Solitude

Adresse : jardin Solitude, place du Général Catroux

Figure symbolique du combat contre l’esclavage, la vie de Solitude reste néanmoins peu documentée. Elle serait née en 1772 du viol de sa mère, par un marin blanc, sur le bateau qui la déporte aux Antilles. Séparée de sa mère, elle devient « domestique » pour des maîtres blancs et, travaillant sur les plantations, échappe ainsi au dur travail des « esclaves de pioche ». Devenue libre par l’application du décret du 16 pluviôse an II (4 février 1794), elle s’engage, huit années plus tard, dans le combat contre les troupes du général Richepanse, envoyées par Bonaparte aux Antilles pour y rétablir l’esclavage. Après 18 jours d’un combat inégal, les troupes noires commandées par Louis Delgrès, choisissent le suicide collectif à la reddition et font exploser la forteresse de Matouba où ils se sont réfugiés. Solitude, qui combattait aux côtés de Delgrès, échappe à la mort, mais elle est immédiatement arrêtée, jugée et condamnée à mort. Enceinte, elle reste emprisonnée jusqu’à son accouchement. Le lendemain, 29 novembre 1802, elle a été pendue. Longtemps totalement oubliée, il faut attendre le roman à succès écrit, en 1972, par André Schwarz-Bart pour que l’histoire de cette martyr de la liberté soit restituée.

En savoir plus

 Pour poursuivre le parcours, continuez sur l'avenue de Villiers et tournez à gauche rue Fortuny. Tournez ensuite à droite dans la rue de Courcelles... 

7

Juliette-Élisabeth Buffet

Adresse : plaque en hommage à Elizabeth Buffet, située au 93, rue de Courcelles

Juliette Buffet naît en 1892 dans une famille de la haute bourgeoisie nantaise. Mariée et divorcée à 3 reprises, et mère de cinq enfants, cette femme forte et indépendante rejoint le réseau de résistance « Comète », créé en Belgique par Andrée de Jongh pour aider au rapatriement des aviateurs alliés vers l’Angleterre via les Pyrénées, l’Espagne et Gibraltar. Dans son appartement du 93, rue Courcelles, Juliette Buffet accueille des aviateurs et leur apporte l’aide logistique nécessaire à leur évasion. C’est ici qu’elle est arrêtée par la Gestapo le 3 mars 1944. Elle fait partie du convoi du 25 mars 1944, au départ de Paris. Détenue à Neue Bremm (Allemagne), elle est transférée dans le camp de concentration de Ravensbrück le 17 juin 1944. Elle meurt dans les chambres à gaz en mars ou avril 1945. Le réseau « Comète » a permis le sauvetage de près de 800 aviateurs alliés. 200 membres du réseau paieront de leur vie l’aide qu’ils leur auront apportée.

 Pour poursuivre le parcours, continuez la rue de Courcelles jusqu'au Square Albert Besnard et tournez à gauche dans le boulevard Pereire... 

8

Gilberte Brossolette

Adresse : promenade Gilberte Brossolette 

Gilberte Bruel nait en 1905 dans une famille bourgeoise du VII  arrondissement de Paris. Etudiante en histoire-géographie à la Sorbonne, alors âgée de dix-sept ans, elle rencontre Pierre Brossolette, qu’elle épouse en 1926, et dont elle a deux enfants. Durant les années 1930, journaliste comme son époux, elle soutient l’engagement politique de celui-ci au sein de la SFIO. Au lendemain de la défaite de 1940, elle s’engage à ses côtés dans la Résistance, à Paris tout d’abord, où le couple tient une librairie dans le 16  e   arrondissement, qui fait office de « boîte aux lettres » et permet l’organisation de réunions clandestines. À l’été 1942, après deux perquisitions successives, les Brossolette quittent Paris pour Londres. Gilberte y assure la liaison entre le Commissariat à l’Intérieur de la France libre et la BBC. Après la mort de son mari en 1944, elle rentre en France et reprend son activité de journaliste à la Radiodiffusion française. 

À la Libération, elle siège à l’Assemblée consultative provisoire, est élue pour la SFIO de la seconde Assemblée constituante, puis en 1946, est l’une des 21 femmes élues au Conseil de la République, l’ancêtre du Sénat, dont elle devient vice-Présidente, ce qui fait d’elle la première femme à présider une séance au Sénat et à y prendre la parole. Membre de la commission des affaires étrangères, elle s’engage sur les dossiers du statut du Conseil de l’Europe ou la Communauté européenne du charbon et de l’acier. 

Opposée à la réforme constitutionnelle de 1958, elle quitte ses fonctions politiques la même année pour reprendre ses activités de journaliste. En 1976, elle consacre une biographie à son mari, Il s’appelait Pierre Brossolette. Elle s’éteint en 2004 à 98 ans.

En savoir plus

 Pour poursuivre le parcours, continuez sur le boulevard Pereire... 

9

Rosemonde Pujol

Adresse : promenade Rosemonde Pujol

Rosemonde Pujol naît en 1917 à Alger. Fille naturelle élevée dans un milieu bourgeois, elle subit très jeune l’opprobre sociale et développe un rejet profond des injustices. Rare femme de son époque à être diplômée en ingénierie électrique, elle est embauchée chez Philips dont elle démissionne rapidement, estimant que les femmes n’y sont chargées que de tâches subalternes. Elle entre dans la Résistance en 1941, sous le nom de « Colinette » et est arrêtée par la Gestapo en 1943. Elle cherchera au lendemain de la guerre à mettre en lumière le rôle des femmes et des « sans grade » dans la Résistance. À la Libération, elle devient journaliste économique à l'ORTF puis à France Inter, aux Echos et au Figaro, spécialisée dans le droit des consommateurs. Elle a écrit une douzaine de livres consacrés à la consommation, au système de santé ou encore à la sexualité féminine. Féministe jusqu’à son dernier souffle, elle s’éteint en 2009, à 92 ans, engagée dans un nouveau combat pour la célébration par sa commune Gers de la loi du 13 juillet 1965, ayant permis aux femmes de travailler sans le consentement de leur mari et d’ouvrir un compte bancaire librement. Chevalier de la légion d’Honneur, elle est médaillée de la Résistance.

En savoir plus

 Pour poursuivre le parcours, continuez sur le boulevard Pereire... 

10

Thérèse Pierre

Adresse : promenade Thérèse Pierre

Thérèse Pierre naît en 1910 à Epernay dans une famille d’enseignants. Elle devient elle-même institutrice, puis professeur de sciences naturelles. Militante syndicaliste et communiste, elle se rend en URSS en 1935, vient en aide aux Républicains espagnols dès 1936, et dirige le Comité des femmes contre la guerre et le fascisme de Bar-le-Duc (Meuse). Dans tous ces engagements, elle prend des responsabilités, intervient à la tribune ou dans des publications militantes.

Suite à une perquisition de son domicile, elle est mutée de la zone des combats de la 3    e     Armée en Bretagne et enseigne successivement à Redon, Carhaix, puis à l’automne 1942, à l’école primaire supérieure de jeunes filles de Fougères (Ille-et-Vilaine). C’est là qu’elle joue un rôle déterminant dans la Résistance locale. Femme d’organisation et d’autorité, elle est responsable du Front National de lutte pour la libération de la France et chargée de la mise en place de groupes Francs-Tireurs et Partisans (FTP) pour la région de Fougères. Elle est en charge de la propagande, elle rédige des feuilles de presse clandestine et en assure la diffusion. Elle accueille des patriotes et réfractaires recherchés et leur délivre de faux papiers. Elle organise des missions de liaison, des transports de documents et de matériel de guerre et participe à la préparation de plusieurs opérations contre l’occupant (incendies de camions, attaque de la Feldkommandantur). Une centaine d’hommes sont sous sa responsabilité. Arrêtée par la Gestapo, le 23 octobre 1943 à Fougères, elle est incarcérée à la prison Jacques Cartier de Rennes. Malgré les tortures, elle refuse de parler. Elle meurt sous les coups de ses bourreaux qui tenteront de maquiller son assassinat en suicide, le 26 octobre 1943.

En savoir plus


Des résistantes, ailleurs dans Paris

Des résistantes, il n'y en a pas que dans le 14e arrondissement de Paris : cliquez sur les images ci-dessous pour accéder à la cartographie générale.

Denise Vernay (6e), Émilienne Moreau-Évrard (10e)


Les autres Parcours Mémori.elles

Parcours Mémori.elles : les résistantes du 17e